Bienvenue sur Notre Dame des Oblats

Qui suis-je !
"Je suis un oblat séculier bénédictin depuis vingt-deux ans en la fête de sainte Cécile , et coopérateur de la prélature de l’Opus Dei, et atteint de la maladie de Parkinson .
Mon but est d’apporter et de rendre le culte marial digne de ses lettres de noblesse, en proposant à chacun d’entre vous qui voudrez s’engager : à militer, évangéliser et être de véritables apôtres sous étendard de notre Dame du Mont Carmel et du Christ Roi, ainsi que sous le regard de saint- Benoît et de saint Josémaria Escrivas."
En obéissance à notre souverain pontife Benoît XVI , ainsi qu'à nos abbayes respectives .
NB : Le blason est celui de ma région de naissance: Ponferrada Espagne



LA SEXAGÉSIME
Sur la parole de Dieu
Beati qui audiunt verbum Dei, et custodiunt illud.
Bienheureux celui qui écoute la parole de Dieu et qui la met en pratique. (S. Luc, XI, 28.)
Nous lisons dans l'Évangile, M. F., que le Sauveur du monde instruisait le peuple, lui disait des choses si merveilleuses et si étonnantes, qu'une femme du milieu de la foule éleva la voix et s'écria : « Bienheureux est le sein qui vous a porté et les mamelles qui vous ont nourri ; » mais Jésus-Christ reprit aussitôt : « Bien plus heureux est celui qui écoute la parole de Dieu et qui observe ce qu'elle lui commande. » Cela vous étonne peut-être, M. F., que Jésus-Christ nous dit que celui qui écoute la parole de Dieu avec un vrai désir d'en profiter est plus agréable à Dieu que celui qui le reçoit dans la sainte communion (1) ; oui sans doute, M. F., nous n'avons jamais bien compris combien la parole de Dieu est un don précieux. Hélas ! M. F., si nous l'avions bien compris, avec quel respect, avec quel amour nous devrions l'entendre : M. F., ne nous y trompons pas : nécessairement la parole de Dieu produira en nous des fruits, ou bons ou mauvais ; ils seront bons, si nous y apportons de bonnes dispositions, c'est-à-dire, un vrai désir d'en profiter et de faire tout ce qu'elle nous prescrira ; ils seront mauvais, si nous venons l'entendre avec indifférence, dégoût même, peut-être avec mépris : ou cette parole sainte nous éclairera, nous montrera nos devoirs, ou elle nous aveuglera et nous endurcira. Mais pour mieux vous le faire comprendre, je vais vous montrer : 1° combien sont grands les avantages que nous retirons de la parole de Dieu ; 2° comment les chrétiens ont l'habitude de la recevoir ; et, 3° les dispositions que nous devons y apporter pour avoir le bonheur d'en profiter.
1. - pour vous faire comprendre combien est grand le prix de la parole de Dieu, je vous dirai que tout l'établissement, et les progrès de la religion catholique sont l'ouvrage de la parole de Dieu jointe à la grâce qui l'accompagne toujours. Oui, M. F., nous pouvons encore dire
qu'après la mort de Jésus-Christ sur le Calvaire, et le saint baptême, il n'y a point de grâce que nous recevions dans notre sainte religion, qui peut l'égaler : ce qui est facile à comprendre. Combien de personnes qui sont allées au ciel sans avoir reçu le sacrement de Pénitence ! Combien d'autres sans avoir reçu celui du Corps adorable et du Sang précieux de Jésus-Christ ! et combien d'autres qui sont dans le ciel, qui n'ont reçu ni celui de la Confirmation ni celui de l'Extrême-Onction ! Mais pour l'instruction qui est la parole de Dieu, dès que nous avons l'âge capable de nous faire instruire, il nous est aussi difficile d'aller au ciel sans étre instruits que sans être baptisés. Hélas ! M. F., nous verrons malheureusement au jugement que le plus grand nombre des chrétiens damnés, l'auront été parce qu'ils n'ont, pas connu leur religion. Allez, M. F., interrogez tous les chrétiens réprouvés, et, demandez-leur pourquoi ils sont en enfer. Nous vous répondront que leur malheur vient ou de ce qu'ils n'ont pas voulu écouler la parole de Dieu ou de ce qu'ils l'ont méprisée. - Mais, me direz-vous peut-être, que fait en nous cette parole sainte ? - Le voici : elle est semblable à cette colonne de feu qui conduisait les Juifs lorsqu'ils étaient dans le désert, qui leur montrait le chemin par où ils devaient passer, qui s'arrêtait lorsqu'il fallait que le peuple s'arrêtât et marchait, quand il fallait qu'il marchât ; de sorte que ce peuple n'avait qu'à être fidèle à la suivre et il était sûr de ne pas s'égarer dans sa marche (Exod., XIII, 21-22 ; XL, 34-35.). Oui, M. F., elle fait la même chose à notre égard : elle est un beau flambeau qui brille devant nous, qui nous conduit dans toutes nos pensées, nos desseins et nos actions (Lucerna pedibus mei verbuum tuum. Ps., CXVIII, 105.) ; c'est elle qui allume notre foi, qui fortifie notre espérance, qui enflamme notre amour pour Dieu et pour le prochain ; c'est elle qui nous fait comprendre la grandeur de Dieu, la fin heureuse pour laquelle nous sommes créés, les bontés de Dieu, son amour pour nous, le prix de notre âme, la grandeur de la récompense qui nous est promise ; oui, c'est elle qui nous dépeint la grandeur du péché, les outrages qu'il fait à Dieu, les maux qu'il nous prépare pour l'autre vie ; c'est elle qui nous fait frissonner à la vue du jugement qui est réservé aux pécheurs, par la peinture effrayante qu'elle nous en fait ; oui, M. F., c'est cette parole qui nous porte à croire sans rien examiner toutes les vérités de notre sainte religion où tout est mystère, et cela en réveillant notre foi. Dites-moi, n'est-ce pas après une instruction que l'on sent son coeur ému et plein de bonnes résolutions ? Hélas ! celui qui méprise la parole de Dieu est bien à plaindre, puisqu'il rejette et méprise tous les moyens de salut que le bon Dieu nous présente pour nous sauver. Dites-moi, M. F., de quoi se sont servis les patriarches et les prophètes, Jésus-Christ lui-même et tous les apôtres, ainsi que tous ceux qui les ont secondés, pour établir et augmenter notre sainte religion, n'est-ce pas de la parole de Dieu ? Voyez Jonas, lorsque le Seigneur l'envoya à Ninive ; que fit-il ? rien autre, sinon que de lui annoncer la parole de Dieu en lui disant que dans quarante jours tous ses habitants périraient (Jon., III, 4.). N'est-ce pas cette parole sainte qui changea les coeurs des hommes de cette grande ville, qui, de grands pécheurs, en fit de grands pénitents (2) ? Que dit saint Jean-Baptiste pour commencer à faire connaître le Messie, le Sauveur du monde ? N'est-ce pas en leur annonçant la parole de Dieu ? Que fit Jésus-Christ lui-même en parcourant les villes et les campagnes, continuellement environné de foules de peuple qui le suivaient jusque dans le désert ? De quel moyen se servait-il pour apprendre la religion qu'il voulait établir, sinon de cette parole sainte ? Dites-moi, M. F., qui a porté tous ces grands du monde à quitter leurs biens, leurs parents et toutes leurs aises ? N'est-ce pas en entendant la parole de Dieu qu'ils ont ouvert les yeux de l'âme et compris le peu de durée et la caducité des choses créées, qu'ils se sont mis à chercher les biens éternels ? Un saint Antoine, un saint François, un saint Ignace ..... Dites-moi, qui peut porter les enfants à avoir un grand respect pour leurs père et mère, les leur faisant regarder comme tenant la place de Dieu même ? N'est-ce pas les instructions qu'ils ont reçues dans les catéchismes, que leur pasteur leur a faites, en faisant voir la grandeur de la récompense qui est attachée à un enfant sage et obéissant ? Eh ! qui sont les enfants, M. F., qui méprisent leurs parents ? Hélas M. F., combien de pauvres enfants ignorants, et qui de l'ignorance sont conduits dans l'impureté et le libertinage, et qui souvent finissent par faire mourir leurs pauvres parents ou de chagrin ou d'une autre manière plus mauvaise encore ! Qui peut, M. F., porter un voisin à avoir une grande charité pour son voisin, sinon une instruction qu'il aura entendue, où on lui aura montré combien la charité est une action agréable à Dieu ? Qui a porté tant de pécheurs à sortir du péché ? N'est-ce pas quelque instruction qu'ils ont entendue où on leur a dépeint l'état malheureux d'un pécheur qui tombe entre les mains d'un Dieu vengeur ? Si vous en voulez la preuve, écoutez-moi un instant et vous en serez convaincus.
Il est rapporté dans l'histoire qu'un ancien officier de cavalerie passait dans un de ses voyages par un lieu où le Père Bridaine donnait une mission. Curieux d'entendre un homme dont la réputation était si grande et qu'il ne connaissait pas, il entre dans une église ou le Père Bridaine était à faire la peinture effrayante de l'état d'une âme dans le péché, l'aveuglement où le pécheur était d'y persévérer, le moyen facile que le pécheur avait d'en sortir par une bonne confession générale. Le militaire en fut si touché, ses remords de conscience furent si forts ou plutôt lui devinrent si insupportables, qu'à l'instant même il forma la résolution de se confesser et de faire une confession de toute sa vie. Il attend le missionnaire au pied de la chaire en le priant en grâce de lui faire faire une confession de toute sa vie. Le Père Bridaine le reçut avec une grande charité. « Mon Père, lui dit le militaire, je resterai tant que vous voudrez ; je viens de concevoir un grand désir de sauver mon âme. » Il fait sa confession avec tous les sentiments de piété et de douleur que l'on pouvait attendre d'un pécheur qui se convertit ; il disait lui-même que chaque fois qu'il accusait un péché il lui semblait ôter un poids énorme de sa conscience. Quand il eut fini sa confession, il se retira d'auprès du Père Bridaine, pleurant à chaudes larmes. Les gens étonnés de voir ce militaire verser tant de larmes, lui demandaient quelle était la cause de son chagrin et de ses larmes : « Ah ! mes amis, qu'il est doux de verser des larmes d'amour et de reconnaissance, moi, qui ai vécu si longtemps dans la haine de mon Dieu ! »
Hélas! que l'homme est aveugle de ne pas aimer le bon Dieu et de vivre son ennemi, tandis qu'il est si doux de l'aimer ! Ce militaire va trouver le Père Bridaine qui était à la sacristie, et là, en présence de tous les autres missionnaires, il voulut leur faire part de ses sentiments : « Messieurs, leur dit-il, écoutez-moi, et vous, Père Bridaine, souvenez-vous-en : Je ne crois pas que dans ma vie j'aie tant goûté de plaisir et si pur et si doux que celui que je goûte depuis que j'ai le bonheur d'être en état de grâce ; non, je ne crois pas en vérité que Louis XV, que j'ai servi pendant trente-six ans, puisse être si heureux que moi ; non, je ne crois pas que, malgré tous les plaisirs qui l'assiègent et tout l'éclat du trône qui l'environne, il soit si content que je le suis maintenant. Depuis que j'ai déposé l'horrible fardeau de mes péchés, dans ma douleur et dans le dessein de faire pénitence, je ne changerais pas maintenant mon sort pour tous les plaisirs et toutes les richesses du monde. » A ces mots, il se jette aux pieds du Père Bridaine, lui serre la main : « Ah ! mon Père, quelles actions de grâces pourrai-je rendre au bon Dieu pendant toute ma vie, de m'avoir conduit dans ce pays comme par la main ! Hélas ! mon Père, je ne pensais nullement à faire ce que vous avez eu la charité de me faire faire. Non, mon Père, jamais je ne pourrai vous oublier ; je vous prie en grâce de demander au bon Dieu pour moi que toute ma vie ne soit plus qu'une vie de larmes et de pénitence. » Le Père Bridaine et tous les autres missionnaires qui étaient témoins de cette aventure fondaient en larmes, en disant : « Oh ! que le bon Dieu a de grâces pour ceuxqui ont un coeur docile à sa voix ! Oh ! que d'âmes se damnent et qui, si elles avaient le bonheur d'être instruites, seraient sauvées ! » Ce qui faisait que le Père Bridaine demandait au bon Dieu, avant ses entretiens, qu'il embrasât tellement son coeur que ses paroles fussent semblables au feu dévorant qui brûle d'amour les coeurs des pécheurs les plus endurcis et les plus rebelles à la grâce. Eh bien ! M. F., qui fut la cause de la conversion de ce soldat ? Rien autre que la parole de Dieu qu'il entendit et qui trouva son coeur docile à la voix de la grâce. Hélas ! que de chrétiens se convertiraient s'ils avaient le bonheur d'apporter de bonnes dispositions à écouter la parole de Dieu ! Que de bonnes pensées et de bons désirs elle ferait naitre dans leur coeur, que de bonnes oeuvres elle leur ferait faire pour le ciel !
Avant d'aller plus loin, M. F., il faut que je vous cite un trait qui est arrivé au même Père Bridaine faisant une mission a Aix en Provence ; il y a en cela quelque chose d'assez singulier. Le missionnaire se mettait à table avec un confrère, lorsqu'un officier frappa avec empressement au logis des missionnaires : tout essoufflé, il demande avec un visage altéré le chef de la compagnie. Le Père Bridaine s'étant approché : « Père Bridaine, » lui dit à l'oreille l'officier avec une certaine émotion et d'un ton sévère qui montrait combien son âme était agitée. Le missionnaire étant entré avec lui, l'officier ferme la porte, arrache ses bottes, jette son chapeau loin de lui, tire son épée. « Je vous avoue, disait ensuite le Père Bridaine à ses compagnons, que tout cela m'effraya : son silence, son oeil hagard, son serrement de main, sa précipitation et son trouble, me firent juger que c'était un homme à qui j'avais arraché l'objet de sa passion, et que, pour s'en venger, il venait sûrement m'ôter la vie ; mais je fus bientôt détrompé en voyant ce militaire se jeter à mes genoux, le visage collé contre terre, prononçant ces mots avec assurance : « Il n'est pas question de me laisser, mon Père, ni de différer davantage, vous voyez à vos pieds le plus grand pécheur que la terre ait pu porter depuis le commencement du monde ; je suis un monstre. Je viens de bien loin pour me confesser à vous, et à présent ; sans quoi, je ne sais plus ce que je deviens. » Le Père Bridaine lui dit avec bonté : « Mon ami, un instant, je reviens de suite. » « Mon Père, lui répond le soldat en pleurant à chaudes larmes, répondez-vous de mon âme pendant ce délai ? Sachez, mon Père, que je suis en poste depuis vingt-sept lieues ; il y a bien longtemps que je ne vis pas et que le coeur me crève, je ne puis plus y tenir ; ma vie et l'enfer semblent n'être qu'une même chose ; mon tourment dure depuis que je vous ai entendu prêcher dans un tel endroit, où vous avez si bien dépeint l'état de mon âme, qu'il m'a été impossible de ne pas croire que le bon Dieu ne vous avait fait faire cette instruction que pour moi seul ; cependant, lorsque j'entrai dans cette église où vous prêchiez, ce n'était que par curiosité que j'y fus, et c'est précisément là que le bon Dieu m'attendait. Que je suis heureux, mon Père, de pouvoir me délivrer de ces remords de conscience qui me dévorent ! prenez le lemps qu'il faudra mettre pour bien faire ma confession, je resterai ici autant que vous voudrez ; mais il faut que vous me soulagiez à l'instant, car ma conscience est un bourreau qui ne me laisse point de repos ni le jour ni la nuit ; enfin, mon Père, je veux me convertir tout de bon ; l'entendez-vous, mon Père ? Vous ne sortirez point d'ici que je ne vous aie déchargé mon coeur. Si vous voulez me refuser cela, je crois que je vais mourir de chagrin à vos pieds. »
« Mais il dit cela, nous dit le Père Bridaine, en versant des larmes en abondance. Je fus si touché, nous dit-il encore, d'une scène aussi touchante, que je l'embrasse, je le bénis, je mêle mes larmes avec les siennes ; je ne pensais plus à aller manger ; je l'encourageai, autant qu'il me fut possible, de tout espérer de la grâce du bon Dieu qui s'était déjà montrée à lui d'une manière particulière ; je restai quatre heures de suite à entendre sa confession ; il semblait m'arroser de ses larmes, ce qui me portait à ne pas pouvoir retenir les miennes, je ne le quittai que pour aller annoncer la parole de Dieu. »
Ce généreux militaire resta quelque temps auprès du Père Bridaine, pour recevoir les avis qui lui étaient nécessaires pour avoir le bonheur de persévérer. Avant de quitter le Père Bridaine, il le pria de lui pardonner les alarmes qu'il lui avait causées : « Cependant, mon Pére, lui dit le militaire, les vôtres n'étaient rien en comparaison des miennes. Je tremblais tous les jours que la mort ne m'enlevât dans l'état où j'étais, il me semblait que la terre allait s'ouvrir sous mes pieds pour m'engloutir tout vivant en enfer. Vous pensez, mon Père, que quand on a de pareils ennemis à sa suite et qu'on y réfléchit sérieusement, l'on ne peut pas rester tranquille, quand encore on aurait un cocon aussi dur que l'airain. Maintenant, mon Père, je voudrais mourir, tant j'ai de joie d'être bien avec le bon Dieu. » Il ne pouvait plus quitter le Père Bridaine, il lui baisa les mains, il l'embrassa. Le Père Bridaine, voyant un tel miracle de la grâce, ne put, de son côté, s'empêcher de verser des larmes : leurs derniers adieux faisaient couler les larmes de tous ceux qui en furent témoins. « Adieu, mon Père, dit le militaire au Père Bridaine, après le bon Dieu, c'est à vous que je dois le ciel. » Retourné dans son pays, il ne pouvait se contenter de publier combien le bon Dieu avait été bon pour lui, il finit sa vie dans les larmes et la pénitence et mourut en saint six mois après sa conversion.
Eh bien M. F., qui fut la cause de la conversion de ce soldat ? Hélas M. F., ce que vous entendez tous les dimanches aux instructions, c'est ce qu'il entendit de la bouche du Père Bridaine, où il développait sans doute l'état effroyable d'un pécheur qui parait devant le tribunal de Jésus-Christ avec la conscience chargée de péchés. Hélas ! mon Dieu, combien de lois votre pasteur ne vous a-t-il pas fait ce portrait désespérant ? Qui en a été plus touché que vous-mêmes ? Et pourquoi donc, M . F., que cela ne vous a pas ébranlés et convertis ? Est-ce que la parole de Dieu n'a pas le même pouvoir, M. F. ? Non, M. F., cela n'est pas la véritable cause de ce que vous êtes restés dans le péché. Est-ce, M. F., parce que cette parole sainte vous est annoncée par un pécheur, que cela ne vous a pas touchés ? Non, M. F., non, ce n'en est pas encore la vraie raison ; mais la voici : c'est que vos coeurs sont trop endurcis, et qu'il y a trop longtemps que vous abusez des grâces que le bon Dieu vous donne par sa parole sainte ; c'est, M. F., que le péché vous a arraché les yeux de votre pauvre âme et qu'il a fini par vous faire perdre de vue les biens et les maux de l'autre vie. O mon Dieu ! quel malheur pour un chrétien d'être banni du ciel pour toute l'éternité et d'être insensible à cette perte ! O mon Dieu ! quelle frénésie d'être près d'être précipités dans les flammes de l'enfer, et de demeurer tranquilles dans un état qui fait frémir les anges et les saints ! O mon Dieu ! à quel degré de malheur est conduit celui à qui la parole de Dieu....!
Dès que la parole de Dieu ne touche plus, tout est perdu ; il n'y a plus de ressource, sinon dans un grand miracle, ce qui arrive bien rarement. O mon Dieu ! être insensible à tant de malheurs, qui pourra jamais le comprendre ? Cependant, sans aller plus loin, voilà l'état de presque tous ceux qui m'écoutent. Vous savez que le péché règne dans vos coeurs ; vous savez que tant que le péché y est, vous n'avez point d'autre chose à attendre que tous ces malheurs. O mon Dieu ! cette pensée seule ne devrait-elle pas nous faire mourir de frayeur ? Hélas ! le bon Dieu voyait d'avance combien peu profiteraient de cette parole de vie, quand il nous dit dans l'Évangile cette parabole : « Un semeur sortit de grand matin pour semer son blé, et lorsqu'il le semait, une partie tomba sur le bord du chemin et elle fut foulée aux pieds des passants et mangée par les oiseaux du ciel ; une autre partie tomba sur les pierres, et elle sécha aussitôt ; une autre tomba parmi les épines, qui l'étouffèrent : et enfin une autre tomba dans la bonne terre, et porta du fruit au centuple. » Vous voyez, M. F., que Jésus-Christ nous montre que, de toutes les personnes qui écoutent la parole de Dieu, il n'y en a qu'un quart qui en profitent : encore trop heureux si de toutes les quatre personnes il y en avait une qui en profitât. Que le nombre des bons chrétiens serait plus grand qu'il n'est !
Les apôtres, étonnés de cette parabole, lui dirent : « Expliquez-nous, s'il vous plaît, ce que cela veut dire. » Jésus-Christ leur dit avec sa bonté ordinaire : « Le voici : Le coeur de l'homme est semblable à une terre qui portera du fruit selon qu'elle sera bien ou mal cultivée ; cette semence, leur dit Jésus-Christ, c'est la parole de Dieu : celle qui tombe sur le bord du chemin, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, mais qui ne veulent ni changer de vie, ni faire les sacrifices que Dieu veut d'eux pour les rendre bons et agréables à lui. Les uns, ce sont ceux qui ne veulent pas quitter les mauvaises compagnies ou les lieux où ils ont tant de fois offensé le bon Dieu ; ce sont encore ceux qui sont retenus par un faux respect humain, qui les fait abandonner toutes les bonnes résolutions qu'ils ont prises en écoutant la parole de Dieu. Celle qui tombe dans les épines, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu avec joie ; mais elle ne leur fait faire aucune bonne oeuvre : ils aiment à l'entendre, mais non à faire ce qu'elle commande. Pour celle qui tombe sur les pierres, ce sont ceux qui ont un coeur endurci et obstiné, ceux qui ne l'écoutent que pour la mépriser ou en abuser. Enfin celle qui tombe dans la bonne terre, ce sont ceux qui désirent de l'entendre, qui prennent tous les moyens que le bon Dieu leur inspire pour en bien profiter ; et, c'est dans ces coeurs seuls qu'elle porte du fruit en abondance, et ces fruits sont le retranchement d'une vie mondaine et les vertus qu'un chrétien doit pratiquer pour plaire à Dieu et sauver son âme. Vous voyez vous-mêmes, M. F., d'après la parole de Jésus-Christ, combien il y a peu de personnes qui profitent de la parole de Dieu, puisque de quatre il n'y en a qu'un qui rend cette semence dans le cas de porter du fruit, ce qui est bien facile à vous montrer, comme nous verrons tout à l'heure. Mais si maintenant vous me demandez ce que veut dire Jésus-Christ par ce semeur qui sortit de grand matin pour aller répandre sa semence dans son champ, M. F., le semeur, c'est le bon Dieu lui-même, qui a commencé à travailler à notre salut dès le commencement du monde, et cela en nous envoyant ses prophètes avant la venue du : Messie pour nous apprendre ce qu'il fallait faire pour être sauvés ; il ne s'est pas contenté d'envoyer ses serviteurs, il est venu lui-même, il nous a tracé le chemin que nous devions prendre, il est venu nous annoncer la parole sainte.
II. - Mais examinons plutôt, M. F., qui sont ceux qui apportent de bonnes dispositions pour entendre cette parole de vie. Hélas ! M. F., vous venez de voir, par les paroles mêmes de Jésus-Christ, que très peu apportent les dispositions nécessaires pour en bien profiter. Savez-vous ce que c'est qu'une personne qui n'est, pas nourrie de cette parole sainte ou qui en abuse : elle est semblable à un malade sans médecin, à un voyageur égaré et sans guide, à un pauvre sans ressource ; disons mieux M. F., qu'il est tout à fait impossible d'aimer Dieu et de lui plaire sans être nourri de cette parole divine. Qu'est-ce qui peut nous porter à nous attacher à Lui, sinon parce que nous le connaissons ? Et qui peut nous le faire connaître avec toutes ses perfections, ses beautés et son amour pour nous, sinon la parole de Dieu, qui nous apprend tout ce qu'il a fait pour nous et les biens qu'il nous prépare pour l'autre vie, si nous ne cherchons qu'à lui plaire ? Qui peut nous porter à quitter, à pleurer nos péchés, sinon la peinture effrayante que le Saint-Esprit nous en fait dans les saintes Écritures ? Qui peut nous porter à tout sacrifier ce que nous avons de plus cher monde, pour avoir le bonheur de conserver les biens du ciel, sinon les tableaux mêmes que nous en font prédicateurs ? Si vous en doutez, M. F., demandez à saint Augustin ce qui a commencé à le faire rougir au milieu de ses infamies : n'est-ce pas le tableau effrayant que fit saint Ambroise dans un sermon où il montra toute l'horreur du vice d'impureté, combien il dégradait l'homme, et combien l'outrage qu'il faisait à Dieu était affreux (Conf., lib, VI, c. III-IV.).
Qu'est-ce qui porta sainte Pélagie, cette fameuse courtisane qui, par sa beauté et encore plus par les dérèglements de sa vie, avait tant perdu d'âmes, qu'est-ce qui la porta à embrasser la plus rude pénitence pour le reste de sa vie ? Un jour qu'elle était suivie par une troupe de jeunes gens empressés à lui faire la cour, s'étant parée magnifiquement, mais d'un air qui ne respirait que la mollesse et la volupté, dans cet étalage de mondanité, elle se trouve de passer près de la porte d'une église où se trouvaient plusieurs évêques qui s'entretenaient des affaires de l'Église. Les saints prélats, indignés de ce spectacle, en détournèrent la vue ; cependant l'un d'entre eux, appelé Norrus, regarda fixement cette comédienne et dit en gémissant : « Ah ! que cette femme qui prend tant de soin pour plaire aux hommes sera notre condamnation, à nous qui prenons si peu de soin pour plaire au bon Dieu! » Le saint prélat ayant pris son diacre par la main, le mena dans sa cellule ; lorsqu'ils y furent arrivés, il se jeta le visage contre terre et dit en en se frappant la poitrine et en pleurant amèrement : « O Jésus-Christ, mon maître, ayez pitié de moi ; faut-il que pendant toute ma vie je n'aie pas autant pris de soin pour au parer mon âme qui est si précieuse, qui vous a tant coûté, que cette courtisane en a pris en un seul jour pour parer son corps et pour plaire au monde ! »
Le lendemain, le saint évêque étant monté en chaire, peignit d'une manière si effroyable les maux que faisait cette courtisane, le nombre d'âmes que sa mauvaise vie traînait en enfer son discours fut prononcé avec des larmes en abondance. Justement Pélagie était dans l'église, qui écoutait le sermon que faisait le saint évêque ; elle en fut tellement touchée, ou plutôt épouvantée, qu'elle résolut sur-le-champ de se convertir. Elle va trouver le saint prélat sans se ménager davantage ellese jette aux pieds du saint évêque en présence de toutel'assemblée, lui demande avec tant d'instances et de larmes le Baptême, que l'évêque, la voyant si bien repentante, lui administra non seulement le Baptême, mais encore la Confirmation et la Communion. Après cela, Pélagie distribua tous ses biens aux pauvres, donna la liberté à tous ses esclaves, se couvrit d'un cilice, quitta secrètement la ville d'Antioche et alla se renfermer dans une grotte sur la montagne des Oliviers, près de Jérusalem. Le diacre du saint évêque désirait aller à Jérusalem en pèlerinage ; son évêque lui dit, avant son départ, de s'informer là-bas s'il n'y avait pas une fille cachée dans une grotte depuis quatre ans. En effet, quand le diacre fut arrivé à jérusalem, il demanda si l'on savait quelque fille recluse depuis quatre ans, dans une grotte aux environs de la ville. Le diacre la trouva sur la montagne dans une cellule qui n'avait d'ouverture que par une petite fenêtre presque toujours fermée. La pénitence épouvantable que faisait Pélagie l'avait tellement changée, que le diacre ne put la reconnaitre ; il lui dit qu'il venait lui rendre visite de la part, de l'évêque Nonus ; elle répondit simplement, en versant des larmes, que l'évêque Nonus était un saint et qu'elle se recommandait bien à ses prières ; et elle ferma la fenêtre aussitôt comme étant indigne de voir le jour après avoir tant offensé le bon Dieu et perdu tant d'âmes. Les solitaires lui dirent tous qu'elle exerçait sur son corps des tourments, qui faisaient frayeur aux solitaires les plus austères. Le diacre, avant de partir, voulut encore avoir une fois le bonheur de la voir ; mais il la trouva morte (Vies des Pères du desert, t. VI, ch, XVIII.). Eh bien ! M. F., qui tira cette pauvre malheureuse du milieu de ses infamies pour en faire une si grande pénitente ? Eh ! bien, M. F., une seule instruction fit ce changement en elle. Mais encore, M. F., d'où vient cela ? C'est, M. F., que la parole de Dieu trouva son coeur bien disposé à recevoir cette semence ; c'est que cette parole tomba dans la bonne terre.
Savez-vous, M. F., ce que nous sommes ? Le voici nous sommes ces grands du monde, qui sont dans l'abondance de tout ce que le coeur peut désirer, qui épuisent leur connaissance à créer de nouvelles inventions pour faire trouver de nouveaux goûts dans les viandes qu'on leur sert, qui malgré cela ne trouvent rien de bon. Si une personne qui souffre de la faim était témoin de cela, ne dirait-elle pas en pleurant : « Ah ! si j'avais ce qu'ils méprisent tant, que je serais heureuse ! » Hélas ! M. F., nous pouvons bien dire la même chose : si des pauvres idolâtres et des païens avaient la moiter ou le quart de cette parole que l'on nous distribue si souvent et dont nous faisons si peu de cas ou plutôt que nous méprisons, que nous entendons avec ennui et dégoût, hélas ! que de larmes ils répandraient, que de pénitences, que de bonnes oeuvres et que de vertus ils auraient le bonheur de pratiquer ! Oui, M. F., cette parole sainte est perdue pour ces pécheurs qui sont livrés à la dissipation, qui n'ont point de règle de vie, dont l'esprit et le coeur sont semblables à un grand chemin par où tout le monde passe, qui ne savent pas seulement ce que c'est que de rejeter une mauvaise pensée. Un moment, c'est une bonne pensée ou un bon désir qui les occupe ; un autre moment, c'est une mauvaise pensée et un mauvais désir ; tout à l'heure, vous les entendiez chanter les louanges de Dieu dans l'église ; dans un autre moment, vous les entendrez chanter les chansons les plus infâmes dans les cabarets ; ici vous les voyez dire du bien de leurs voisins, et là vous les voyez avec ceux qui déchirent leur réputation ; un jour ils donneront de bons conseils, demain ils en porteront d'autres à se venger. D'après cela, M. F., s'ils écoutent la parole de Dieu, ce n'est que par habitude et peut-être même avec mauvaise intention, pour critiquer celui qui est si charitable que de l'annoncer. Mais ils l'écoutent comme l'on écoute une fable ou une chose très indifférente. hélas ! que peut faire la parole de Dieu dans des coeurs si mal disposés, sinon les endurcir davantage ? Mon Dieu, que votre sainte parole, qui ne nous est donnée que pour nous aider à nous sauver, précipite d'âmes dans les enfers !
Je vous ai bien dit, en commençant, que la parole de Dieu porte toujours du fruit bon ou mauvais, selon nos dispositions, Voilà, M. F., l'état d'une personne qui ne combat pas ses penchants, qui ne cherche pas à se garantir de ses passions qui la maîtrisent : à mesure que la parole de Dieu tombe, l'orgueil passe, la foule aux pieds ; le désir de vengeance passe, l'écrase ; les mauvaises pensées et les mauvais désirs viennent l'enfoncer dans le bourbier ; après quoi, le démon qui règne dans ce pauvre coeur, à la première occasion, enlève le reste de l'impression qu'a pu faire en nous la parole de Dieu. Voilà, M F ce que nous dit premièrement l'Évangile : je ne sais pas si vous l'avez bien compris, mais pour moi je tremble quand j'entends saint Augustin nous dire que nous sommes aussi coupables d'entendre la parole de Dieu sans un vrai désir d'en profiter, que les Juifs lorsqu'ils flagellèrent Jésus-Christ et le roulèrent sous leurs pieds. Hélas ! M. F., nous n'avons jamais pensé que nous commettions une espèce de sacrilège, lorsque nous ne voulions pas profiter de cette parole sainte.
Cependant, M. F., cela n'est pas positivement vos dispositions, du moins pour un grand nombre : nous prenons encore de belles résolutions de changer de vie ; quand nous entendons prêcher, nous disons en nous-mêmes : il faut tout de bon mieux faire. Voilà qui est très bien ; mais dès que le bon Dieu nous envoie quelque épreuve, nous oublions nos résolutions et nous continuons notre même genre de vie. Nous avons résolu d'être moins attachés aux biens de ce monde ; mais le moindre tort qu'on nous fasse, nous cherchons à nous rattraper : nous disons du mal des personnes qui nous ont fait tort et nous conservons la haine ; nous avons peine à voir ces personnes, nous ne voulons plus leur rendre service. Nous pensons que maintenant nous voulons bien pratiquer l'humilité, parce que nous avons entendu dans une instruction combien l'humilité est une belle vertu, combien elle nous rend agréables à Dieu ; mais à la première occasion qui se présente, qu'on nous méprise, nous nous fâchons, nous disons du mal de nos contradicteurs, et si jamais nous leur avons fait quelque bien, nous le leur reprochons. Voilà, M. F., ce que nous faisons. Plusieurs fois nous avons résolu de bien faire, mais aussitôt que nous avons l'occasion, nous n'y pensons plus et nous continuons notre route ordinaire. Ainsi passe notre pauvre vie, dans les résolutions et dans les chutes continuelles, de sorte que nous nous retrouvons toujours les mêmes. Hélas ! M. F., cette semence est donc
perdue pour le plus grand nombre des chrétiens et ne peut servir qu'à leur condamnation ! - Mais, peut-être, me direz-vous que, autrefois, la parole de Dieu était plus puissante, ou ceux qui l'annonçaient étaient plus éloquents. - Non, M. F., la parole du bon Dieu a autant de pouvoir à présent que dans les autres temps, et ceux qui l'annonçaient étaient aussi simples qu'à présent. Écoutez saint Pierre dans ses prédications : « Écoutez-moi bien, leur dit ce saint apôtre, le Messie que vous avez fait souffrir, que vous avez fait mourir, est ressuscité pour le bonheur de tous ceux qui croient que le salut vient, de Lui. » A peine eût-il dit cela, que tous ceux qui étaient présents fondirent en larmes et poussèrent de grands cris en disant : « Ah ! grand Apôtre, que ferons nous pour obtenir notre pardon ? » « Mes enfants, leur dit saint Pierre, si vous voulez que vos péchés vous soient pardonnés, faites pénitence, confessez vos péchés, ne péchez plus, et le même Jésus-Christ que vous avez crucifié, qui est ressuscité, vous pardonnera (Act., III, 19.). » Dans une seule prédication, trois mille se donnèrent à Dieu et quittèrent leur péché pour jamais (Act., II, 41). Dans une autre, cinq mille renoncèrent à leur idolâtrie pour s'attacher à une religion qui ne demande que des sacrifices continuels (Act., IV, 4.) ; ils suivirent courageusement la route que Jésus-Christ leur avait marquée.
De quel secret, M. F., les apôtres se sont-ils servis pour changer le monde de face ? - Le voici : « Voulez-vous, dirent les apôtres, plaire à Dieu et sauver votre âme, que celui qui se livre au vice de l'impureté y renonce et vive d'une manière pure et agréable à Dieu ; que celui qui a le bien de son prochain le rende ; que celui qui veut du mal à son prochain se réconcilie avec lui. » Écoutez saint Thomas : « Je vous avertis de la part de Jésus-Christ même que les hommes subiront un jugement après leur mort, sur le bien et le mal qu'ils auront fait, les péheur iront passer leur éternité clans le feu de l'enfer pour y souffrir à jamais ; mais celui qui aura été fidèle à observer la loi du Seigneur, son sort sera tout le contraire ; au sortir de cette vie, il entrera dans le ciel pour y jouir de toutes sortes de délices et de bonheur. » Écoutez saint Jean, le disciple bien-aimé « Mes enfants, aimez-vous comme Jésus-Christ vous a aimés, soyez charitables les uns envers les autres comme Jésus-Christ l'a été pour nous, Lui qui a souffert et qui est mort pour votre bonheur ; supportez-vous les uns les autres ; pardonnez-vous vos faiblesses comme il vous pardonne a tous (I Joan, II-IV). » Dites-moi, pouvons-nous trouver quelque chose de plus simple ? Eh bien, M. F., ne vous dit-on pas les mêmes vérités ? Ne vous dit-on pas comme saint Pierre, que Jésus-Christ est mort pour vous, qu'il est encore prêt à vous pardonner, si vous voulez vous repentir et, quitter le péché ! Cependant ce furent ces paroles qui firent répandre tant de larmes et convertirent tant de païens et de pécheurs ! Ne vous dit-on pas aussi, comme
saint Jean-Baptiste, que si vous avez le bien du prochain, il faut le rendre, sans quoi jamais vous n'entrerez dans le ciel ? Ne vous dit-on pas aussi que si vous vous livrez au vice d'impureté, il faut le quitter et mener une vie pure ? Ne vous dit-on pas encore que, si vous mourez dans le péché, vous irez en enfer ? Et pourquoi donc, M. F., ces paroles ne produisent plus les mêmes effets, c'est-à-dire, que cette parole sainte ne nous convertit pas ? Hélas ! M. F., disons-le en gémissant : ce n'est pas qu'elle a moins de puissance qu'autrefois mais c'est que cette divine semence tombe dans des coeurs endurcis et impénitents, et qu'à peine y est-elle tombée, le démon l'étouffe. Comme cette divine parole ne parle que de sacrifices, de mortifications, de détachement du monde et de soi-mérnc et que, de son côté, l'on ne veut pas faire tout cela, l'on reste dans le péché, l'on y persévère, et l'on y meurt. Convenez avez moi combien il faut être endurci pour rester dans le péché, sachant très bien que, si nous venons à mourir dans cet état, nous n'avons que l'enfer pour partage ! On nous le dit, sans cesse, et malgré cela, nous restons pécheurs comme nous le sommes, nous attendons la mort avec tranquillité, quoique nous soyons très certains que notre sort ne peut être que celui d'un réprouvé. O mon Dieu ! quel malheureux état que celui d'un pécheur qui n'a plus la foi.
III. - Mais, me direz-vous, que faut-il donc faire pour profiter de la parole de Dieu, afin qu'elle nous aide à nous convertir ? - Ce qu'il faut faire, M. F., le voici : vous n'avez qu'à examiner la conduite de ce peuple qui venait écouter Jésus-Christ ; il venait de fort loin, avec un vrai désir de pratiquer tout ce que Jésus-Christ lui commanderait ; ils abandonnaient toutes les choses temporelles, ils ne pensaient pas même aux besoins du corps, très persuadés que celui qui allait nourrir leur âme nourrirait aussi leur corps ; ils étaient mille fois plus empréssés à chercher les biens du ciel que ceux de la terre ; ils oubliaient tout pour ne penser qu'à faire ce que leur disait Jésus-Christ (Luc., IX, 12.). Voyez-les écoutant Jésus-Christ ou les apôtres : leurs yeux et leurs coeurs sont tout à cela ; les femmes ne pensent nullement à leur ménage ; le marchand perd de vue son commerce ; le laboureur oublie ses terres ; les jeunes personnes foulent aux pieds leurs parures ; ils écoutent avec avidité leurs paroles et font tout ce qu'ils peuvent pour les bien graver dans leur coeur. Les hommes les plus sensuels abhorrent leurs plaisirs infâmes pour ne plus penser qu'à faire souffrir leur corps, la saint parole de Dieu fait toute leur occupation ; ils y pensent et ils la méditent, ils aiment à en parler et à en entendre parler. Eh bien ! M. F., voyez si, toutes les fois que vous entendez la parole de Dieu, vous y portez les mêmes dispositions que ces personnes. M. F., êtes-vous venus écouter cette parole sainte avec empressement, avec joie et un vrai désir d'en profiter ? Étant ici, avez-vous oublié toutes vos affaires temporelles, pour ne penser qu'aux besoins de votre âme ? Avant d'entendre cette parole sainte, avez-vous demandé au bon Dieu de bien la comprendre, de la bien graver dans vos coeurs ? Avez-vous regardé ce moment comme le plus heureux de votre vie, puisque Jésus-Christ nous dit lui-même, que sa parole sainte est préférable à la sainte communion (Cf. note n°1) ? Avez-vous été bien prêts à faire tout ce qu'elle vous commandait ? L'avez-vous entendue avec attention, avec respect, non comme la parole d'un homme, mais comme la parole de Dieu même ? Après l'instruction, avez-vous remercié le bon Dieu de la grâce qu'il vous a faite de vous instruire Lui-même par la bouche de ses ministres ? Hélas ! mon Dieu, s'il y en a si peu qui apportent ces dispositions, ne soyons pas étonnés, M. F., de ce que cette sainte parole produit si peu de fruit. Hélas ! combien y en a-t-il qui ne sont ici qu'avec peine, avec ennui ! qui dorment, qui bâillent ! combien qui fouilleront un livre, qui causeront ! et l'on en voit d'autres qui portent encore plus loin leur impiété, qui, par une espèce de mépris, sortent dehors en méprisant la sainte parole et celui qui l'annonce. Combien d'autres qui, même étant dehors, disent que le temps leur a duré et qu'ils ne retourneront pas ! et enfin d'autres qui, bien loin, en s'en retournant chez eux, de s'occuper de ce qu'ils ont entendu et de le bien méditer, l'oublient entièrement et n'y repensent que pour dire que ce n'est jamais fini, ou pour critiquer celui qui a eu la charité de l'annoncer ! Qui sont ceux qui, étant arrivés chez eux, font part à ceux qui n'ont pu venir de ce qu'ils ont entendu ? Quels sont les pères et mères qui demandent à leurs enfants ce qu'ils ont retenu de la parole sainte qu'ils ont entendue, et qui leur expliquent ce qu'ils n'ont pas compris ? Mais, hélas ! M. F., on regarde la parole de Dieu comme si peu de chose, que presque point ne s'accusent de ne l'avoir pas écoutée avec attention. Hélas ! que de péchés dont la plupart des chrétiens ne s'accusent jamais ! Mon Dieu, que de chrétiens damnés ! Qui sont ceux qui se sont dit à eux-mêmes : Que cette parole est belle ! qu'elle est véritable ! voilà tant d'années que je l'entends, et que l'on me fait voir l'état de mon âme, et, comme toucher du doigt que, si la mort me frappait, je serais perdu ! cependant je reste toujours dans le péché. O mon Dieu ! que de grâces méprisées, que de moyens de salut dont j'ai abusé jusqu'à présent ! mais c'en est fait, je vais changer tout de bon, je vais demander au bon Dieu la grâce de ne jamais entendre cette sainte parole sans y être bien préparé. Non, je ne veut plus dire en moi-nléme, comme je l'ai fait jusqu'à présent, que cela est pour un tel ou une telle; non, je dirai que c'est pour moi qu'on l'annonce, je vais tâcher d'en profiter autant que je le pourrai.
Que conclure de tout cela, M. F. ? Le voici : C'est que la parole divine est un des plus grands dons que le bon Dieu peut nous faire, puisque sans l'instruction, il est impossible de se sauver. Que si nous voyons tant d'impies dans le malhenreux temps où nous vivons, ce n'est que parce qu'ils ne connaissent pas leur religion, puisqu'à une personne qui la connaît, il est impossible de ne pas l'aimer et de ne pas pratiquer ce qu'elle nous commande. Quand vous voyez quelque impie qui méprise la religion, vous pouvez dire : « Voilà un ignorant qui méprise ce qu'il ne connaît pas, » puisque, M. F., cette parole divine a tant converti de pécheurs. Tâchons, M. F., de l'entendre toujours avec un plaisir d'autant plus grand que le salut de notre âme y est attaché et que par elle nous découvrons combien notre destinée est heureuse, combien la récompense qu'elle nous promet est grande, puisqu'elle dure toute l'éternité. C'est le bonheur que je vous...
(1) Sur ce passage nous ferons remarquer :
1° Jesus-Christ, dans le texte indiqué de Saint-Luc à désigné la Sainte Vierge, et non pas l'âme communiante ; mais le Saint Curé d'Ars passe naturellement de la Sainte vierge portant Jésus-Christ dans son sein, au chrétien qui le reçoit dans la communion.
2° Il est peut-être hasardé de dire « que celui qui écoute la parole de Dieu est plus agréable à Dieu que celui qui le reçoit dans la sainte communion (p. 253) ». Mais il est vrai de dire que celui qui écoute la parole de Dieu, qui la garde et la met en pratique, est plus agréable à Dieu qu'un grand nombre de personnes qui communient. (p. 274).
3° « La parole sainte est préférable à la sainte communion », c'est-à-dire qu'elle est plus nécessaire que l'Eucharistie, comme l'explique le Saint-curé un peu plus loin : « Combien de personnes sont allées au ciel, sans avoir reçu le sacrement du Corps adorable et du Sang précieux de Jésus-Christ !... Mais pour l'instruction qui est la parole de Dieu, dès que nous avons l'âge capable de nous faire instruire, il nous est aussi difficile d'y aller sans être instruits que sans être baptisés. »
4° Bossuet, dans son Sermon du 2° Dimanche de Carême, établit sur l'autorité de saint Césaire, de Tertullien, d'Origéne et de saint Jean Chrysostôme, le rapport étroit de similitude qui existe entre la parole de Dieu et l'Eucharistie, rapport qui exige les mêmes dispositions pour écouté l'une et recevoir l'autre.
(2)En marge : La destruction de Jérusalem.
Source Sermon du Saint curé d'Ars

Sur les ennemis de notre salut
Motus magnus factus est in mari, ita ut navicula operiretur fluctibus.
Une grande tempête s'éleva sur la mer, de sorte que la barque fut toute couverte de flots. (S. Matth., VIII. 24.)
Voilà, M. F., la figure, ou plutôt la vie d'un pauvre chrétien sur la terre. Notre âme, sujette à mille passions, en butte à mille tentations, est vraiment semblable à une barque couverte de flots et exposée à faire naufrage à chaque instant. D'après cela, M. F., qui de nous pourra vivre tranquille en voyant les dangers par lesquels nous sommes exposés à nous perdre pour jamais ? Qui de nous, M. F., ne sentira pas la nécessité de veiller sans cesse sur tous les mouvements de son coeur, c'est-à-dire, sur toutes ses pensées, ses paroles et ses actions, pour savoir si elles sont toutes faites en vue de plaire à Dieu, ou bien au monde. Mais, hélas ! M. F., disons-le en gémissant : une grande partie, dans tout ce qu'ils font, ne cherchent que le monde et non le bon Dieu. Mais aussi, que s'ensuit-il de là ? Hélas ! rien autre chose, sinon que le démon les conduit aux enfers avec autant de facilité qu'une mère conduit un enfant de quatre ou cinq ans partout où elle veut. Oui, M. F., un chrétien qui voudrait plaire à Dieu et sauver son âme, a deux choses qui devraient le faire trembler : les grands ennemis qui l'environnent et leur fureur à travailler à notre perte, puis la tranquillité et l'insouciance dans laquelle nous vivons au milieu de tant de dangers auxquels nous sommes exposés continuellement. Mais, pour vous faire comprendre combien nous devons veiller et prier, je vais vous montrer : 1° quels sont les ennemis que nous devons craindre et éviter ; 2° ce que nous devons faire pour les vaincre.
I. - Nos véritables ennemis ne sont pas ceux qui noircissent notre réputation, qui nous dépouillent de nos biens, qui attentent même à notre vie : ce ne sont là quc des instruments dont la Providence se sert pour nous sanctifier, en nous donnant l'occasion de pratiquer l'humilité, la douceur, la charité et la patience. Si nous avons à coeur le salut de notre âme, bien loin de les haïr et de nous plaindre, au contraire, nous les aimerons davantage. Il est vrai que c'est un peu dur à un chrétien qui a lié son coeur à la terre, de se voir dépouillé de ses biens ; il est certain qu'il est un peu sensible à un orgueilleux de voir noircir sa réputation ; il n'est pas douteux qu'il est effrayant à un homme qui vit à peu près comme s'il ne devait jamais mourir, de sentir la mort qui l'environne : cependant., M. F., tout cela n'est pas ce que nous appelons nos ennemis ; au contraire, ce sont ceux qui nous conduisent au ciel, si nous voulons en profiter chrétiennement. Mais si vous désirer, maintenant savoir quels sont les ennemis que nous avons à craindre, les voici, M. F. : écoutez-le bien et gravez-le bien dans votre coeur. Nos véritables ennemis, ce sont ceux qui travaillent à dépouiller notre pauvre âme de son innocence, à lui ravir le trésor de la grâce, à la faire mourir devant le bon Dieu et à la jeter en enfer. Ah ! M. F., que de tels ennemis sont redoutables et terribles ! Et non seulement ils sont dangereux, mais nous les trouvons partout, ou plutôt nous les avons au dedans de nous-mêmes : ce qui doit nous porter à nous tenir sans cesse sur nos gardes, puisqu'il n'y aura que la mort qui nous en délivrera pour toujours. Hélas ! M. F., ce n'est pas en vain que l'on dit que « la vie de chrétien est un combat continuel (Job, VII, 1.). » Je vous dirai encore, M. F., que nous n'avons point d'ennemis plus à craindre que ceux qui sont invisibles ; et si vous désirez de les connaître, allons les trouver : c'est-à-dire, descendons dans nos coeurs, et appelons-les chacun par leurs noms, afin que nous ne puissions pas nous tromper.
Voyez-vous, M. F., ce fol amour de nous-mêmes, cette complaisance secrète dont nous sommes remplis pour nous-mêmes ? Voyez-vous comment nous nous glorifions intérieurement de notre petit mérite, de nos biens, de nos talents, de nôtre famille ; méprisant intérieurement les autres ; nous mettant au-dessus de nos égaux et au niveau de ceux qui sont au-dessus de nous ? « Je vaux bien, disons nous, celui-là ; je vaux bien mieux que celui ci, il n'est pas si bon ouvrier que moi ; il n'y a pas un ouvrage mieux fait que le mien. » Apercevez-vous, M. F., cet ennemi invisible qui vous poursuit continuellement, et qui vous fait tant de mal ? Quand votre frère ne réussit pas dans quelque chose, votre petit orgueil ne vous fait-il pas penser qu'il n'a pas su s'y prendre, et que si vous aviez été à sa place, vous vous y seriez pris de telle manière : qu'il n'est qu'une bête ; qu'il n'y comprend rien et qu'il ne suit que sa tête ? Le comprenez-vous, M. F., ce petit ennemi qui vous donne la mort sans que vous vous en aperceviez ?
Ce peu de biens que vous avez acquis, peut-être pas trop légitimement, cette figure que vous croyez être plus agréable que celle d'un autre, votre habit plus riche ou plus propre que celui de votre voisin, et mille autres choses ne vous enflent-elles pas le coeur ? et cette enflure ne paraît-elle pas jusque dans vos discours, dans votre démarche, dans votre maintien ? Voyez-vous combien vous êtes orgueilleux ? A peine parlerez-vous au pauvre, s'il vous salue en vous levant son chapeau, en vous faisant la révérence ; vous croirez faire beaucoup que de lui branler la tête, ou lui dire oui ou non. A peine le regarderez-vous, comme s'il était d'une autre matière que vous. Voyez-vous, M. F., comprenez-vous combien l'orgueil vous dévore ? Voyez-vous encore combien vous êtes sensibles à la manière dont on vous parle ? Hélas ! un mot un peu de travers, une petite plaisanterie sur votre compte, un accueil un peu froid, tout cela vous choque ; vous vous en plaignez, vous allez même jusqu'à murmurer en disant : « Ah ! on les connaît bien, ils ne sont pas des rois, ni des princes ! » Vous vous rappelez ce bien que vous leur avez fait, vous désirez de trouver l'occasion pour le leur reprocher. Mon Dieu, quel orgueil, quel amour de soi-même ! Voyez cet homme : depuis qu'il a acquis quelque richesse de terres de plus, comme il marche tête levée commençant à se joindre à ceux qu'autrefois il n'osait fréquenter, les croyant trop au-dessus de lui ! Si les affaires de votre voisin réussissent mieux que les vôtres, s'il fait quelque profit que vous avez manqué, voyez combien votre coeur est triste et chagrin ! Mais si, au contraire, il lui arrive quelque accident qui dérange ses affaires, ou qui l'humilie, de suite ne sentez-vous pas dans votre coeur une certaine joie, un plaisir intérieur ? Voyez-vous, M. F., ne sentez-vous pas cette jalousie, cette envie qui vous poursuit partout ?
Nous ne pouvons ni voir, ni sentir cette personne qui nous a offensés, hélas ! peut-être sans le vouloir, nous aimons à en parler mal ; nous aimons quand les autres en disent du mal, nous sommes contents quand nous trouvons l'occasion de la mortifier. Voyez-vous, M. F., sentez-vous cette haine et cette vengeance, cette animosité qui vous mine et vous dévore ?
Voulez-vous savoir, M. F., combien nous somme attachés à la vie et aux biens de ce monde ? N'est-ce pas que votre esprit est rempli, nuit et jour, de vos affaire temporelles, de vos occupations, de votre commerce ! N'êtes-vous pas continuellement occupés à penser à votre argent, ou à la manière d'en ramasser, ou à en parler ? Hélas ! combien de fois la pensée de vos affaires temporelles vous vient jusque dans vos prières, et même dans la maison du bon Dieu, pendant la sainte messe ! Combien de fois n'avez-vous pas songé aux mesures que vous alliez prendre après la messe, aux voyages que vous feriez, aux personnes que vous verriez pour réussir dans vos affaires, pour conclure un marché ? Hélas ! pour gagner cinq francs vous feriez trois ou quatre lieues ; et vous ne feriez pas seulement trente pas pour faire une bonne oeuvre, pour rendre service à votre prochain, ou pour entendre une fois la sainte messe les jours de la semaine ? Vous arracher un sou pour les pauvres, hélas ! c'est vous arracher les entrailles. Dès qu'il s'agit de gagner ou de perdre quelque chose, vous ne connaissez plus ni dimanches, ni fêtes ; il n'y a plus ni commandements de Dieu, ni commandements de l'Église qui vous retiennent.
N'est-ce pas que je dis la vérité, M. F., quand je dis que vous n'avez pas osé, au mépris des commandements, ne pas contribuer au péché des autres en refusant de donner de l'argent ou des poules, lorsque les enfants de vos parents se sont mariés ? N'est-ce pas que vous n'avez pas osé leur dire que vous ne vouliez pas y aller, ni y laisser aller vos enfants ? Voyez-vous, M. F., sentez-vous le respect humain qui vous aveugle et qui vous perd ? Quelle est donc encore cette manière que vous avez d'examiner et d'être toujours prêts à critiquer la conduite et les actions de votre prochain, en vous mêlant de ce qui ne vous regarde pas, débitant ce que vous savez, et ce que vous ne savez pas ? Sentez-vous, M. F., cet ennemi intime qui porte partout le trouble et les dissensions dans les familles : voulez-vous comprendre quel est cet ennemi intime qui vous trompe ? N'est-ce pas que l'impudicité vous maîtrise ? Votre esprit et votre imagination ne sont-ils pas remplis continuellement de pensées sales, de représentations et de désirs impurs ? Voyez-vous, M. F., sentez-vous ce feu impur qui vous brûle et vous dévore ? Eh bien ! M. F., les voilà ces ennemis auxquels nous ne faisons pas attention.
Savez-vous, M. F., pourquoi nous les connaissons si peu ? Hélas ! c'est que nous fermons les yeux, et que nous nous bouchons les oreilles pour ne pas les voir ni les connaître. Mais pour bien les connaître, nous n'avons qu'à descendre dans nos coeurs ; c'est là qu'ils sont cachés, que nous les connaîtrons, du moins en grande partie. Je ne viens de vous faire connaître que les plus sensibles et les plus ordinaires. Mais, plus vous fouillerez, plus vous en trouverez. Hélas ! notre misérable coeur est semblable au chaos de la mer, qui renferme une multitude infinie de poissons de toute grandeur et de toute espèce. Oui, M. F., il en est de même de notre coeur. Il renferme et nourrit une foule de mauvaises inclinations, les unes plus faibles, les autres plus fortes, mais toutes également capables de nous perdre, si nous n'avons pas grand soin de les réprimer. Voilà, M. F., les ennemis qui logent dans nous-mêmes, dont nous ne pouvons pas fuir la compagnie et dont le seul remède est de les combattre. - Mais, me direz-vous peut-être, voilà bien nos ennemis intimes, mais maintenant quels sont nos ennemis du dehors ?
M. F., si vous désirez le savoir, les voici ; écoutez-le bien, afin que vous puissiez les connaître, les combattre et les vaincre avec la grâce du bon Dieu. Je vous dirai d'abord que ceux du dehors viennent se joindre à ceux du dedans, afin de mieux exercer leur fureur sur les chrétiens. Oui, M. F., toutes les créatures que le Seigneur a faites pour l'usage de l'homme, servent ou à son salut ou à sa perte, selon l'usage qu'il en fait. Si vous voulez vous en convaincre, écoutez-moi un instant. Voyez un pauvre qui, dans sa pauvreté, gagnerait si sûrement le ciel, mais, hélas ! que fait-il ? Ce que fit le mauvais larron, qui de la croix descendit en enfer, au lieu de monter au ciel : il marmote, il se plaint, il porte envie aux riches, il en dit du mal et les traite de cruels, de tyrans ; les croix et les afflictions, qui sont des grâces bien grandes de la part du bon Dieu, le portent au désespoir. D'un autre coté, voyez les riches et ceux qui sont en santé. Au lieu d'en remercier le bon Dieu, et de faire un bon usage des biens qu'il leur a donnés en en faisant part aux pauvres, afin de pouvoir racheter leurs péchés, que font-ils ? Les biens les rendent orgueilleux et les portent à vivre dans un oubli entier de leur salut. Oui, M. F., dans quelque état que nous soyons, nous rencontrons partout des ennemis à combattre. Ici, ce sont de mauvais discours que nous entendons ; là, ce sont de mauvais exemples que nous voyons ; disons mieux, M. F., soit que nous veillions, soit que nous dormions, ou que nous buvions ou mangions, nous avons partout des pièges à éviter et des tentations à combattre, dans les plaisirs même les plus innocents, dans la compagnie des personnes même les plus vertueuses que nous fréquentons, dans nos oeuvres les plus saintes, jusque dans nos prières. Hélas ! combien de distractions ! combien de pensées d'orgueil ! combien de fois nous nous sommes préférés à d'autres que nous avons crus moins bons que nous ! Dans nos confessions, hélas ! combien de détours pour paraître moins coupables que nous sommes ! combien de fois avons-nous eu la pensée de changer de confesseur pour éprouver moins de confusion ! Hélas ! que de sacrilèges dans nos communions ! Hélas ! que de vues humaines ! combien de fois nous sommes plus modestes en public, et si nous étions seuls, nous le serions moins. Dans nos jeûnes, que d'hypocrisies ! combien de fois nous faisons semblant de jeûner, et nous mangeons étant seuls ! Dans nos aumônes, combien de fois avons-nous cherché l'applaudissement des hommes ! Hélas ! M. F., que de pièges à éviter ! que de tentations à combattre ! Oui, M. F., le démon qui a juré notre perte, roule sans cesse autour de nous pour nous faire tomber dans ses filets. Oui, M. F., il se sert de tout ce qui nous environne pour nous porter au mal. Voici la manière dont le démon nous tente : il examine tous les mouvements de notre coeur. A celui qui est sujet à l'orgueil, il met devant les yeux ou dans l'esprit tout ce qui est capable de lui en donner ; il lui fait croire que tout ce qu'il fait est bien fait ou bien dit : il lui fait apercevoir qu'il est bien adroit, bien propre, bien économe, bien charitable. A celui qui aime l'argent, il fait envisager le bonheur de ceux qui sont riches, combien ils sont exempts de misère, qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent, qu'ils sont aimés et respectés de tout le monde. A celui qui est sujet au vice de l'impureté, il met sans cesse dans l'esprit les plaisirs des sens, de sorte que presque tout ce qu'il voit les lui rappelle ; d'autres dont le coeur est sensible, tantôt il les porte à l'orgueil, tantôt au désespoir. A ceux qui ont quelque apparence de vertu, il fait croire que l'on a bonne opinion d'eux ; ils aiment quand on se recommande à leurs prières ; ils se croient capables et dignes de grandes choses ; ils pensent quelquefois qu'ils pourraient bien faire des miracles. Hélas ! M. F., qu'il y en a peu qui échappent à tous ces pièges, et par conséquent, qu'il y en a peu qui iront au ciel !
Mais, me direz-vous peut-être, qui pourra connaître tous ces artifices ? Qui pourra les dévoiler ? - M. F., le voici : ceux-là seuls qui les sentent, qui les combattent et qui leur résistent. Eh bien ! M. F., voilà en partie les ennemis de notre salut. Jugez vous-mêmes s'ils sont à craindre. Jugez-en, mais encore mieux par les maux qu'ils vous ont faits jusqu'à présent et par l'état où ils vous ont réduits. Repassez dans votre esprit toutes les années de votre vie, et voyez chacun si depuis votre jeunesse vous n'avez pas été la victime, l'esclave et le malheureux jouet du démon, ce maudit Satan, et encore du monde et de vos penchants. Hélas ! M. F., qui pourrait compter toutes les mauvaises pensées que le démon vous a données et toutes les images dont il a tâché de salir votre imagination, et tous les mouvements déréglés qu'il a excités dans vous-mêmes ? Oui, M. F., si nous voulions sincèrement travailler à notre salut, nous sentirions véritablement ce que nous dit saint Jean : que « tout ce qui est dans le monde n'est que concupiscence de la chair, que concupiscence des yeux et qu'orgueil de la vie (I Joan, II, 16.) » ; que partout nous portons en nous-mêmes le germe de tous les vices, et que chacun de nous peut être tenté et séduit par son mauvais penchant ; que tout ce qui nous environne peut nous être une occasion de péché, et que le démon acharné à notre perte emploie tantôt nos mauvaises inclinations pour nous faire abuser des créatures, et tantôt les créatures pour exciter nos mauvaises inclinations. Hélas ! M. F., si nous connaissions bien le danger où nous sommes sans cesse de nous perdre, nous serions dans une frayeur continuelle. Nous dirions avec saint Paul : « Ah ! Seigneur, quand est-ce que j'aurai le bonheur d'être délivré de ce misérable corps qui semble ne m'être donné que pour me tourmenter et m'humilier et pour être un instrument de mille misères (Rom., VII, 24.) ! » Nous dirions bien encore avec le saint roi David : « Ah ! Seigneur, mon Dieu ! qui me donnera des ailes comme à la colombe pour voler » et m'enfuir de ce monde si misérable, où je ne rencontre que pièges et tentations de toute espèce (Ps., LIV, 7.) !
Oui, M. F., dans tout ce que nous voyons, dans tout ce que nous entendons, dans tout ce que nous disons et faisons, nous nous sentons portés au mal. Si nous sommes à table, c'est la sensualité, la gourmandise et l'intempérance ; si nous prenons quelque moment de récréation, c'est la légèreté et les entretiens inutiles ; si nous travaillons, c'est la plupart du temps l'intérêt, l'avarice ou l'envie qui nous conduit, ou même la vanité ; si nous prions, c'est la négligence, les distractions, le dégoût et l'ennui ; si nous sommes dans quelque peine ou quelque affliction, ce sont les plaintes et les murmures ; si nous sommes dans la prospérité, c'est l'orgueil, l'amour-propre et le mépris du prochain ; les louanges nous enflent le coeur, les injures nous portent à la colère. Eh bien ! M. F., voilà ce qui a fait trembler les plus grand saint, voilà ce qui a peuplé les déserts de tant de solitaire, voilà quels sont les motifs de tant de larmes, de tant de prières, de tant de pénitences. Il est vrai que les saints qui étaient cachés dans les forêts, n'étaient pas exempts de tentations : mais au moins ils étaient éloignés de tant de mauvais exemples dont nous sommes environnés continuellement et qui perdent tant d'âmes. Cependant, nous voyons dans leur vie qu'ils veillaient, qu'ils priaient et tremblaient sans cesse, tandis que nous, pauvres aveugles, nous sommes tranquilles au milieu de tant de dangers de nous perdre ! Hélas ! M. F., une partie ne connaît pas même ce que c'est, que d'être tenté, parce que nous ne résistons presque jamais, du moins bien rarement. Hélas ! M. F., d'après cela, qui de nous échappera à tous ces dangers ? « Qui de nous sera sauvé (Matth., XIX, 25.) ? » Non, M. F., une personne qui voudrait réfléchir à tout cela ne pourrait plus vivre, tant elle serait effrayée. Cependant., M, F., ce qui doit nous consoler et nous rassurer, c'est que nous avons affaire à un bon père qui ne permettra jamais que nos combats soient au-dessus de nos forces, et qui, chaque fois que nous aurons recours à lui, nous aidera à combattre et à vaincre.
II. - Nous avons dit que nous verrions les moyens que nous devons employer pour vaincre nos ennemis et sortir victorieux du combat. Il est très certain, M. F., que l'homme, dans son origine, n'était pas comme il est aujourd'hui, un composé de bien et de mal, de vices et de péchés. Son âme, sortie pure des mains de son Créateur, n'était pas sujette à toutes ces misères. Mais l'homme s'étant révolté contre son Dieu, dès ce moment même, il ne fut plus maitre de lui-mème : sa chair corrompue par le péché se révolta contre l'esprit. De là est venu ce mélange de bien et de mal, de bonnes et de mauvaises inclinations que nous trouvons chacun en nous-même. Les bonnes viennent du bon Dieu, qui est le père de nos âmes, et les mauvaises viennent du démon, le grand ennemi du bon Dieu et de nos âmes. - Mais, pensez-vous peut-être en vous-mêmes : que devons-nous donc, faire pour vaincre sûrement nos ennemis ? M. F., vous n'avez que trois choses à faire ; les voici : « Veiller, fuir et prier. » Si vous êtes fidèles à ces trois avis, tout l'enfer déchaîné contre vous ne vous pourra rien. Mais expliquons, M. F., ces trois points si essentiels, parce que notre salut en dépend.
1° Je dis premièrement que nous devons veiller ; ce n'est pas seulement moi qui vous le dis, mais c'est Jésus-Christ lui-même qui vous le dit. « Si le père de famille, nous dit-il, savait à quelle heure les voleurs doivent venir, il ne s'endormirait, pas ; mais il veillerait, pour ne pas laisser piller sa maison (matth., XXIV, 43.) ; » il fermerait bien toutes les portes, il serait bien attentif au moindre bruit, il n'ouvrirait à personne sans bien le connaître, il serait continuellement sur ses gardes. Voilà, M. F., ce que Jésus-Christ veut que nous fassions par rapport, à notre âme. Cette maison que le bon Dieu veut que nous gardions, c'est notre âme : ces voleurs, ce sont les démons, le monde et nos penchants ; parce que nous voyons et nous sentons nous-mêmes que ces voleurs sont toujours autour de nous, pour nous tenter et pour essayer de nous perdre. Nous devons donc toujours nous tenir sur nos gardes, afin qu'ils ne puissent jamais nous surprendre. - Mais, me direz-vous, comment pourrons-nous veiller continuellement sur nous-mêmes ? - M. F., le voici c'est, si nous prenons garde à toutes les pensées qui se présentent à notre esprit, à tous les mouvements qui s'élèvent dans notre coeur, à toutes les paroles qui sortent de notre bouche, et à tous les discours qui frappent nos oreilles, pour voir et examiner si, dans tout cela, il n'y a rien qui puisse déplaire au bon Dieu et blesser notre pauvre âme. Nous veillons sur nous-mêmes, M. F., lorsque dans toutes nos entreprises, dans toutes nos actions, dans toutes nos démarches, nous examinons devant le bon Dieu quels sont les motifs et les intentions qui nous font agir : si c'est l'orgueil, la vanité, l'intérêt, la haine, la vengeance ou bien des intentions tout humaines, toutes charnelles ou impures.
Oui, M. F., une personne qui veille sur elle-même, est comme une personne sage, qui est obligée de marcher dans un sentier fort étroit, fort glissant et bordé de précipices ; voyez comme elle marche avec précaution, comme elle prend garde où elle met les pieds, comme elle fait attention à tous ses pas. Prenez garde, nous dit saint Paul, à la manière dont vous marchez dans la voie du salut (Eph., V, 15.), c'est-à-dire à la manière dont vous parlez et vous agissez, à la moindre de vos pensées, au moindre de vos désirs, à la plus petite de vos actions. Prenez bien garde à vos yeux, si les objets sur lesquels ils se portent ne sont pas capables de donner la mort à votre âme ; prenez bien garde à votre langue, de crainte qu'elle ne soit un glaive qui ne tue votre pauvre âme. - Mais, me direz-vous, quelles sont donc les personnes qui prennent toutes ces précautions ? Nous sommes bien tous perdus, s'il faut prendre toutes ces mesures. - Nous ne sommes pas, il faut espérer, tous perdus ; mais il est toujours vrai de dire que, s'il y en a si peu qui suivent tout cela, il y en aura aussi bien peu qui arriveront au ciel. Voici, M. F., ce que nous devons faire : tous les matins après notre prière, il faut prévoir les occasions que nous aurons d'offenser le bon Dieu, afin de pouvoir les éviter, et demander au bon Dieu la grâce et la force de ne point succomber ; le soir, il nous faut nous rendre compte à nous-mêmes, pour voir si nous avons été fidèles à nos résolutions : si nous sommes tombés, il faut, sans nous décourager, en gémir devant le bon Dieu, et lui demander de nouveau la grâce d'être plus fermes à l'avenir. Non, M. F., rien de plus avantageux que cette pratique pour nous procurer le bonheur de nous corriger, de nous faire apercevoir nos fautes ; ce n'est que de cette manière que nous viendrons à bout de nous donner au bon Dieu. Comment voulez-vous que nous puissions, connaître nos péchés et les quitter, si nons ne rentrons en nous-mêmes, au moins une ou deux fois chaque jour ? Hélas ! M. F., malgré notre vigilance, que de péchés nous allons trouver à la mort, que nous n'avions pas vus pendant notre vie ! D'après cela, je vous laisse à penser dans quel état va se trouver une pauvre personne qui aura passé une partie de sa vie sans revenir sur ses pas. hélas ! quel étonnement et quelle frayeur, ou plutôt quel désespoir ! Tenez, M. F., voyez un homme qui veut conserver sa santé ; voyez combien il prend de précautions pour éloigner tous les dangers ; il se prive de tout ce qui peut nuire à sa santé. Et pourquoi, M. F., ne faisons-nous pas de même pour notre pauvre âme ? N'est-elle pas encore plus précieuse que notre corps ?
2° En second lieu, nous avons dit qu'avec ce remède, qui est de veiller sans cesse sur tous les mouvements de notre coeur, il faut encore fuir avec grand soin tout ce qui peut nous porter au mal, ou nous refroidir dans le service de Dieu, Oui, M. F., si nous voulons nous conserver pour le ciel, nous devons fuir et éviter toutes les occasions prochaines du péché, c'est-à-dire les personnes dangereuses, et les lieux où ordinairement nous offensons le bon Dieu, quand nous y sommes ; il ne faut nous y trouver qu'autant que nous ne pouvons mieux faire. Vous allez dans une veillée, où presque toute la soirée se passe à médire, à calomnier le prochain, à dire de mauvaises raisons, à chanter de mauvaises chansons. Et pourquoi, M. F., y allez-vous ? - Mais, me direz-vous, il faut bien aller en quelque endroit. - Cela est bien vrai ; mais toutes les veillées ne sont pas de même : si vous y allez volontairement, au jour du jugement vous allez vous trouver coupables de tous les péchés qui se sont commis en votre présence. Vous ne le croyez pas ? Mais, au jour du jugement, vous le verrez. Hélas ! que vous serez fâchés de vous étre rendus coupables de tant de péchés, et cela, par votre seule présence ! Combien de fois vous avez cherché la compagnie d'une telle personne qui, par ses manières ou sa présence, vous donnait de mauvaises pensées, faisait naître en vous de mauvais désirs ! Puisqu'elle est pour vous une occasion de péché, vous devez la fuir ; sinon, vous faites mal, parce que vous vous exposez à la tentation. Vous ne devez plus compter sur vos résolutions, parce que vous y avez tant de fois manqué ; d'ailleurs votre propre expérience vous en a appris bien plus que je ne pourrais vous en apprendre et même plus que je n'oserais vous en dire. Il est vrai que souvent, ce qui est une occasion de péché pour les uns ne l'est pas pour les autres ; c'est à chacun de nous à examiner nos dispositions particulières, afin de nous conduire de manière à ne pas donner la mort à notre âme, mais à la conserver pour le ciel. Je vais vous montrer cela d'une manière encore plus claire.
J'appelle mauvaise compagnie, M. F., cet homme sans religion qui ne s'embarrasse ni des commandements de Dieu, ni de ceux de l'Église, qui ne connait ni Carême, ni Pâques, qui ne vient presque jamais à l'église, ou, s'il y vient, ce n'est que pour scandaliser les autres par ses manières si peu religieuses : vous devez le fuir, sans quoi vous ne tarderez pas de lui ressembler, même sans vous en apercevoir ; il vous apprendra par ses mauvais discours, ainsi que par ses mauvais exemples, à mépriser les choses les plus saintes et à négliger vos devoirs les plus sacrés. Il commencera à tourner en ridicule votre piété, à faire quelque plaisanterie sur la religion et sur ses ministres ; il vous débitera quelques calomnies sur les prêtres et sur la confession, au point qu'il vous fera perdre entièrement le goût pour la fréquentation des sacrements ; il ne parlera des instructions de vos pasteurs que pour les tourner en ridicule ; et, vous êtes sûrs que, si vous le fréquentez quelque temps, vous verrez que, sans vous en apercevoir, vous allez perdre le goût pour tout ce qui a rapport au salut de votre âme. J'appelle mauvaise compagnie, M. F., ce jeune ou ce vieux mal-embouché qui n'a que de sales paroles à la bouche. Prenez bien garde, M. F., cette personne a la peste ! Si vous la fréquentez, vous êtes sûrs qu'elle vous la donnera et que, sans un miracle de la grâce, vous mourrez ; le démon se servira de ce misérable pour salir votre imagination et pourrir votre coeur. J'appelle mauvaise compagnie, M. F., ce joueur ou cet ivrogne de profession : quelque sobre et bien rangé que vous soyez, il vous aura bientôt perdu en vous faisant manger votre argent dans les jeux et les cabarets ; vous finirez par devenir la désolation de votre famille et le scandale de toute la paroisse. J'appelle mauvaise compagnie, M. F., cette personne curieuse, inquiète et médisante, qui veut savoir tout ce qui se passe dans les maisons, qui est toujours prête à juger ce qui ne la regarde pas. Le Saint-Esprit nous dit que ces personnes non seulement sont odieuses à tout le monde, mais encore qu'elles sont maudites du Seigneur (Prov., VI, 16.). Fuyez-les, M.F ., sans quoi vous allez faire comme elles. Vous-même y périrez : « Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es. »
Si les mauvaises compagnies sont si à craindre, M. F., les mauvais livres ne le sont pas moins. Il ne faut souvent que la lecture d'un mauvais livre pour perdre une personne. Hélas! M. F., combien de personnes, de pauvres misérables, qui ont chez eux des cahiers de chansons mauvaises, et qui les prêtent aux uns et aux autres ! Hélas ! quel sera leur jugement ? Que vont-ils répondre lorsque le bon Dieu va leur montrer qu'ils ont tant perdu d'âmes par les mauvaises chansons qu'ils ont prêtées ou par celles qu'ils ont chantées ? Ne conviendrez-vous pas avec moi, M. F., que si nous ne fuyons pas toutes ces sortes de personnes, nous sommes à peu prés sûrs de nous perdre pour l'éternité ?
3° Mais voici le dernier moyen que nous devons prendre pour vaincre l'ennemi de notre salut : c'est la prière. Oui, M. F., c'est elle qui rend efficaces tous les autres moyens que nous pouvons prendre et dont nous venons de parler ; sans elle, c'est-à-dire, sans la prière, toutes nos précautions ne nous serviront de rien. C'est ce que je vais vous montrer d'une manière bien sensible, et cela par un exemple.
Nous lisons dans l'Écriture sainte que, pendant que Josué combattait dans la plaine contre les Amalécites. Moïse était en prière sur la montagne, ayant les bras étendus et les mains élevées pers le ciel. Tant que ses mains étaient ainsi élevées vers le ciel, le peuple de Dieu
battait les ennemis ; mais dès que ses bras fatigués de lassitude tombaient, les ennemis avaient le dessus. L'on fut obligé de lui soutenir les bras jusqu'à la fin du combat, et les Amalécites furent défaits et taillés en pièces, non par la valeur des combattants, mais par les prières du serviteur de Dieu (Exod, XVII). Cet exemple nous montre, M. F., que la prière est non seulement bien efficace, mais encore de toute nécessité pour vaincre les ennemis de notre salut. D'ailleurs, M. F., voyez tous les saints : ils ne se contentaient pas de veiller et de combattre pour vaincre les ennemis de leur salut, et de fuir tout ce qui pouvait leur servir de tentation ; mais ils passaient toute leur vie à prier, non seulemeut le jour, mais bien souvent la nuit tout entière. Oui, M. F., nous aurons beau veiller sur nous-mêmes, sur tous les mouvements de notre coeur, nous aurons beau fuir, si nous ne prions pas, si nous n'avons pas coutinuellement recours à la prière, tous les autres moyens ne nous serviront de rien, nous serons vaincus. Nous voyons que, dans le monde, il y a beaucoup d'occasions que nous ne pouvons pas fuir ; comme par exemple un enfant ne peut pas fuir la compagnie de ses parents à cause de leurs mauvais exemples ; mais il peut prier, la prière le soutiendra.
Mais encore, supposons que nous pouvons fuir les personnes qui donnent les mauvais exemples, nous ne pouvons pas nous fuir nous-mêmes, qui sommes notre plus grand ennemi. Le pourrions-nous, si le Seigneur ne veille pas à notre conservation, toutes nos mesures ne nous serviront de rien (Ps., CXXVI, 1.). Non, M. F., nous ne trouverons pas un pécheur qui se soit converti sans avoir eu recours à la prière ; pas un qui ait persévéré sans avoir eu grandement recours à la prière ; et vous ne trouverez pas un chrétien damné qui n'ait commencé sa réprobation par le défaut de prière. Nous voyons ansi combien le démon craint celui qui prie, puisqu'il n'y a point de montent où il nous tente davantage que celui où nous prions ; il fait tout ce qu'il peut pour nous empecher de prier. Lorsque le démon veut perdre une personne, il commence par lui inspirer un grand dégoût pour la prière ; quelque bonne chrétienne qu'elle soit, s'il vient à bout de lui faire quitter ou mal faire, ou négliger sa prière, il est sûr de l'avoir. Si vous voulez encore mieux le comprendre, dites-moi, depuis quel temps est-ce que vous ne résistez plus aux tentations que le démon vous donne, et que vous laissez la porte de votre coeur ouverte à tout venant ? N'est-ce pas depuis que vous laissez vos prières, ou que vous ne les faites que par habitude, par routine seulement, ou pour vous débarrasser, et non pour plaire au bon Dieu ? Oui, M. F., dès que nous laissons nos prières, nous courons à grands pas vers l'enfer : de telle sorte que jamais nous ne reviendrons au bon Dieu, si nous n'avons pas recours à la prière. Oui, M. F., avec une prière bien faite, nous pouvons commander au ciel et à la terre, tout nous obéira. Écoutez ce que Jésus-Christ nous dit lui-même pour nous montrer la nécessité de recourir là la prière : Tout est possible à la prière, nous dit-il, tout est promis à la prière bien faite(Marc, XI, 24.). Voyez les Apôtres avec la prière, ils faisaient marcher les paralytiques, ils faisaient entendre les sourds, marcher les boiteux (Act., VIII, 8. ; III, 7.), voir les aveugles, et ils ressuscitaient les morts (Act., IX, 34.). Voulons-nous, M. F., n'être pas vaincus par le démon, notre cruel ennemi ? Ayons recours sans cesse à la prière. Mais, il faut prier comme il faut, mais il faut que notre prière parte du fond de notre coeur, et non pas du bout des lèvres, comme nous le faisons presque toujours. Il faut encore que nous soyons bien persuadés que de nous-mêmes nous ne pouvons ni combattre ni vaincre, et que mous avons absolument besoin de la grâce de Dieu, et que cette grâce ne nous sera donnée que par la prière bien faite. Mais si nous avons le malheur d'être vaincu par le démon, sans nous décourager, il faut retourner au combat et ne plus compter sur nos résolutions, comme nous avons fait peut-être jusqu'à présent, mais tout sur la bonté de Jésus-Christ, qui combattra avec nous et qui nous aidera à renverser notre ennemi.
Concluons, M. F., en disant que toutes les fois que nous avons péché, cela a été toujours parce que nous n'avons pas assez veillé sur nous-mêmes, pas assez fui les compagnies et les lieux qui pouvaient nous porter au mal, ou que nous n'avons pas prié, ou bien que nous avons mal prié. Heureux, M. F., celui qui, à l'heure de la mort, pourra dire comme saint Paul : « J'ai bien combattu, mais avec la grâce de Dieu j'ai toujours résisté à la tentation ; me voilà au bout de ma course, mes combats sont finis, j'attends avec confiance la couronne de justice que le Seigneur, si bon qu'il est, a promise à tous ceux qui auront combattu et persévéré jusqu'à la fin (II Tim. IV, 7-8). » C'est le bonheur que je vous souhaite.
Source : Sermon du saint curé d'Ars

Sur la prière d'un pécheur qui ne veut pas quitter le péché
Cum descendisset Jesus de monte, secutae sunt eum turbea muttae. Et ecce leprosus veniens adorabat eum.
Jésus étant descendu de la montagne, une grande foule de peuple le suivit ; et alors un lépreux venant à lui, l'adora. (S. Mallh., VIII, 1-2.)
En lisant ces paroles, M. F., je me représente le jour d'une grande fête où l'on vient en foule dans nos églises, auprès de Jésus-Christ, non descendu d'une montagne, mais sur nos autels, où la foi nous le découvre comme un roi au milieu de son peuple, comme un père environné de ses enfants, et enfin comme un médecin entouré de ses malades. Les uns adorent ce Dieu, dont le ciel et la terre ne peuvent contenir l'immensité, avec une conscience pure, comme un Dieu régnant dans leur coeur ; c'est l'amour seul qui les amène ici pour lui offrir un sacrifice de louanges et d'actions de grâces ; ils sont sûrs de ne pas sortir d'auprès de ce Dieu charitable sans être comblés de toutes sortes de bénédictions. D'autres paraissent devant ce Dieu si pur et si saint avec une âme toute couverte de péchés ; mais ils sont rentrés en eux-mêmes, ils ont ouvert les yeux sur leur malheureux état, ils ont conçu l'horreur la plus vive de leurs dérèglements passés, et, bien résolus de changer de vie, ils viennent à Jésus-Christ pleins de confiance, se jettent aux pieds du meilleur de tous les pères, en lui faisant le sacrifice d'un coeur contrit et humilié. Avant qu'ils sortent de là, le ciel leur sera ouvert et l'enfer fermé. Mais après ces deux sortes d'adorateurs il en vient une troisième : c'est-à-dire, ces chrétiens tout couverts de l'ordure du péché et endormis dans le mal, qui ne pensent nullement à en sortir, qui cependant font comme les autres, viennent l'adorer et le prier, du moins en apparence. Je ne vous parlerai pas de ceux qui viennent avec une âme pure et agréable à leur Dieu : je n'ai qu'une chose à leur dire, c'est de persévérer. Aux deuxièmes, je leur dirai de redoubler leurs prières, leurs larmes et leurs pénitences ; mais qu'ils pensent que, d'après la promesse de Dieu même, tout pécheur qui vient à lui avec un coeur contrit et humilié est sûr de trouver son pardon (Ps., L, 19.). Ils sont sûrs, dit Jésus-Christ, d'avoir regagné l'amitié de leur Dieu et le droit que leur qualité d'enfants de Dieu leur donne au ciel. Je ne vais donc vous parler aujourd'hui que de ces pécheurs qui semblent vivre, mais qui sont déjà morts. Conduite étrange, M. F., sur laquelle je n'oserais dire ma pensée, si l'Esprit-Saint n'avait pas déjà dit, dès le commencement du monde et en propres termes, que la prière d'un pécheur qui ne veut pas sortir de son péché, et ne fait pas tout ce qu'il doit faire pour en sortir, est en exécration aux yeux du Seigneur (Prov., XXVIII, 9.). Ajoutons encore à cet endurcissement, le mépris de toutes les grâces que le ciel lui offre. Mon dessein est donc de vous montrer que la prière d'un pécheur qui ne veut pas sortir du péché, n'est autre chose qu'une action ridicule, pleine de contradiction et de mensonge, si nous la considérons, soit par rapport aux dispositions du pécheur qui la fait, soit encore si nous la considérons par rapport à Jésus-Christ à qui elle s'adresse. Parlons plus clairement, en disant que la prière d'un pécheur qui reste dans le péché n'est autre chose qu'une action la plus insultante et la plus impie. Ecoutez-moi bien un instant, et vous n'en serez malheureusement que trop convaincus.
I. - Mon dessein, M. F., n'est pas de vous parler longuement des qualités que doit avoir une prière pour être agréable à Dieu et avantageuse à celui qui la fait ; je ne vous dirai que peu de chose de sa puissance ; je vous dirai seulement en passant que c'est un doux entretien de l'âme avec son Dieu, qui nous le fait reconnaître pour notre créateur, notre souverain bien et notre dernière fin ; c'est un commerce du ciel avec la terre : nous envoyons nos prières et nos bonnes oeuvres au ciel, et le ciel nous envoie les grâces qui nous sont nécessaires pour nous sanctifier. Je vous dirai encore que c'est la prière qui élève notre âme et notre coeur jusqu'au ciel, et nous fait mépriser le monde avec tous ses plaisirs. C'est encore la prière qui fait descendre Dieu jusqu'à nous. Disons encore mieux : la prière bien faite pénètre et traverse la voûte des cieux et monte jusqu'au trône, de Jésus-Christ même, désarme la justice de son Père, excite et émeut sa miséricorde, ouvre les trésors des grâces du Seigneur, les ravit et, les enlève, si j'ose parler ainsi, et revient chargée de toutes sortes de bénédictions vers celui qui l'a envoyée. S'il m'était nécessaire de prouver cela, je n'aurais qu'à ouvrir les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. Nous y verrions que jamais Dieu ne put refuser ce qu'on lui demandait par la prière faite comme il faut. Ici, je vois trente mille hommes sur lesquels Dieu a résolu de décharger le poids de sa juste colère, pour les détruire en punition de leurs crimes. Moïse seul va demander leur grâce, et se prosterne devant le Seigneur. A peine sa prière est-elle commencée, que le Seigneur, qui avait résolu leur perte, change son arrêt, leur rend son amitié, en leur promettant sa protection et toutes sortes de bénédictions, et cela à la prière d'un seul homme (Exod, XXXII, 28-34.). Là je vois un Josué qui, trouvant que le soleil descend trop rapidement, et craignant de n'avoir pas le temps de se venger de ses ennemis, se prosterne la face contre terre en priant le Seigneur, commande au soleil de s'arrêter, et, par un miracle qui n'était jamais arrivé et qui peut-être jamais n'arrivera, le soleil, dis-je, suspend sa course pour protéger Josué et lui donner le temps de poursuivre et de détruire son ennemi (Jos., X.). Plus loin, je vois encore Jonas que le Seigneur envoie à la grande ville de Ninive, cette ville si pécheresse, puisque le Seigneur, qui est la justice et la bonté même, avait résolu de la punir et de la détruire. Jonas en parcourant cette grande ville lui annonce, de la part de Dieu même, que sa destruction n'est éloignée que de quarante jours. A cette nouvelle triste et désolante, tous se jettent la face contre terre, tous ont recours à la prière. De suite, le Seigneur révoque son arrêt et les regarde avec bonté. Bien loin de les punir, il les aime et les comble de toutes sortes de bienfaits (Jon., I-IV). Si je me tourne d'un autre côté, je vois le prophète Élie qui, pour punir les péchés de son peuple, prie Dieu de ne point donner de pluie. Pendant deux ans et demi de suite le ciel lui obéit, et la pluie ne tomba que quand le même prophète le demanda à Dieu par la prière (III Reg., XVII, 44).
Si je passe de l'Ancien Testament au Nouveau, nous y voyons que la prière, bien loin de perdre sa force, ne devient même que plus puissante sous la loi de grâce. Voyez Madeleine : dès qu'elle prie en se jetant aux pieds du Sauveur, ses péchés lui sont pardonnés et sept démons sortent de son corps (Luc VII, 47 ; VIII, 2.). Voyez saint Pierre après avoir renié son Dieu, il a recours à la prière ; de suite le Sauveur jette les yeux sur lui et lui pardonne (Luc, XXII, 61-62.). Voyez encore le bon larron (Luc, XXIII, 42-43.). Si Judas, le traître Judas, au lieu de se désespérer, avait bien prié Dieu de lui pardonner son péché, le Seigneur lui aurait remis sa faute. Oui, M. F., le pouvoir de la prière bien faite est si puissant que, quand tout l'enfer, toutes les créatures du ciel et de la terre demanderaient vengeance, et que Dieu lui-même serait armé de toutes ses foudres pour écraser le pécheur, si ce pécheur se jette à ses pieds en le priant de lui faire miséricorde, avec le regret de l'avoir ofrensé et le désir de l'aimer, il est sûr de son pardon. C'est d'après la promesse qu'il nous a faite lui-même, en nous disant qu'il promet de nous accorder tout ce que nous demanderons à son Père en son nom (Joan, XIV, 13-14.). Mon Dieu, qu'il est doux et consolant pour un chrétien, d'être sûr d'obtenir tout ce qu'il demandera à Dieu par la prière !
Mais, me direz-vous peut-être, comment faut-il donc que cette prière soit faite pour qu'elle ait ce pouvoir auprès de Dieu ? - Mon ami, sans aller chercher de détour, le voici : notre prière, pour avoir cette puissance, doit être animée d'une foi vive, d'une espérance ferme et constante, qui nous porte à croire que, par les mérites de Jésus-Christ, nous sommes sûrs d'obtenir ce que nous allons demander, et encore d'une charité ardente.
1° Je dis, en premier lieu, qu'il faut que nous ayons une foi vive. - Et pourquoi me direz-vous ? - Mon ami, le voici : c'est que la foi est le fondement et la base de toutes nos bonnes oeuvres, et sans cette foi, toutes nos actions, quoique bonnes en elles-mêmes, ne sont que des oeuvres sans mérite. Nous devons être aussi bien pénétrés de la présence de Dieu, devant qui nous avons le bonheur d'être, qu'un malade qu'une violente fièvre a fait tomber dans le délire et qui bat la campagne : son esprit une fois fixé à quelque objet, quoiqu'il n'y ait rien de visible, est si bien persuadé qu'il voit ou touche, que bien que l'on s'efforce de lui dire le contraire, il ne veut pas le croire. Oui, M. F., ce fut cette foi violente, si j'ose dire ainsi, avec laquelle sainte Madeleine cherchait le Sauveur, ne l'ayant pas trouvé dans son tombeau. Elle était si pénétrée de l'objet qu'elle cherchait, que Jésus-Christ pour l'éprouver, ou plutôt ne pouvant plus se cacher à son amour qui l'avait entraînée, lui apparut sous la forme d'un jardinier, et lui demanda pourquoi elle pleurait et qui elle cherchait. Sans lui dire qu'elle cherche le Sauveur, elle s'écrie : « Ah ! si c'est vous qui l'avez pris, dites-moi où vous l'avez mis, afin que j'aille l'enlever (Joan, XX, 15.). » Sa foi était si vive, si brûlante, si j'ose le dire, que quand il aurait été dans le sein de son Père, elle l'aurait forcé à descendre sur la terre. Oui, M. F., voilà la foi dont un chrétien doit être animé, lorsqu'il a le bonheur d'être en la présence de Dieu, afin que Dieu ne puisse rien lui refuser.
2° En deuxième lieu, je dis qu'a la foi il faut joindre l'espérance, c'est-à-dire, une espérance ferme et constante que Dieu peut et veut nous accorder ce que nous lui demandons. En voulez-vous un modèle ? Le voici voyez la Chananéenne (Matth., XV.) ; sa prière était animée d'une foi si vive, d'une espérance si ferme que le bon Dieu pourrait lui accorder ce qu'elle demandait, qu'elle ne quitta pas de prier, de presser, ou si j'ose dire, de faire violence à Jésus-Christ. On a beau la rebuter, et même Jésus-Christ ; ne sachant plus de quelle manière s'y prendre, elle se jette à ses pieds en lui disant pour toute prière: « Seigneur, aidez-moi ! » et ces paroles prononcées avec tant de foi enchaînent la volonté de Dieu même. Le Sauveur tout étonné s'écrie: « O femme, que votre foi est grande ! allez, tout vous est accordé (1). »
Oui, M. F., cette foi, cette espérance nous font triompher de tous les obstacles qui s'opposent à notre salut. Voyez la mère de saint Symphorien ; son fils allait au martyre : « Ah ! mon fils, courage ! encore un moment de patience, et le ciel sera ta récompense ! » Dites-moi, M. F., qui soutenait tous les saints martyrs au milieu de leurs tourments ? N'est-ce pas cette heureuse espérance ? Voyez le calme dont saint Laurent jouit sur son gril de feu. Qui pouvait le soutenir ? - C'est, me direz-vous, la grâce. - Cela est vrai, mais cette grâce n'est-elle pas l'espérance d'une récompense éternelle ? Voyez encore saint Vincent à qui l'on arrache les entrailles avec des crochets de fer ; qui lui donna la force de souffrir des tourments si extraordinaires et si affreux ? N'est-ce pas cette heureuse espérance ? Eh bien ! M. F., qui doit porter un chrétien, qui se met en la présence de Dieu, à rejeter toutes ces distractions que le démon s'efforce de lui donner pendantt ses prières, et à vaincre le respect humain ? N'est-ce pas la pensée qu'un Dieu le voit, que, si sa prière est bien faite, il sera récompensé d'un bonheur éternel ?
3° En troisième lieu, j'ai dit que la prière d'un chrétien doit avoir la charité, c'est-à-dire qu'il doit aimer le bon Dieu de tout son coeur et haïr le péché de toutes ses forces. - Et pourquoi, me direz-vous ? - Mon ami, le voici : c'est qu'un chrétien pécheur qui prie, doit toujours avoir le regret de ses péchés et le désir d'aimer Dieu de plus en plus. Saint Augustin nous en donne un exemple bien sensible. Dans le moment où il allait prier dans le jardin, il se croit véritablement en la présence de Dieu ; il espère que, quelque grand pêcheur qu'il soit, Dieu aura pitiè de lui ; il regrette sa vie passée, promet au bon Dieu de changer sa vie, et de faire, avec le secours de sa grâce, tout ce qu'il pourra pour l'aimer (Conf. lib. VIII, c. VIII). En effet, comment pouvoir aimer Dieu et le péché ? Non, M. F., non, jamais cela ne sera. Un chrétien qui aime véritablement le bon Dieu, aime ce que Dieu aime, il hait ce que Dieu hait ; de là je conclus que la prière d'un pécheur qui ne veut pas quitter le péché, n'a rien de tout ce que nous venons de dire.
II. - Maintenant, vous allez voir avec moi qu'en considérant la prière du pécheur par rapport à ses dispositions, ce n'est autre chose qu'un acte ridicule, plein de contradiction et de mensonge. Suivons-le un instant, ce chrétien pécheur priant, je dis un instant, parce que ordinairement, à peine ses prières sont-elles commencées qu'elles sont déjà finies ; écoutons ce pauvre aveugle et ce pauvre sourd : je dis aveugle sur les biens qu'il perd et les maux qu'il se prépare, et sourd à la voix de sa conscience qui crie, à la voix de Dieu qui l'appelle à grands cris. Entrons en matière, je suis sûr que vous désirez savoir ce que c'est que la prière d'un pécheur qui ni ne veut quitter le péché, ni n'est fâché d'avoir offensé Dieu. Écoutez : le premier mot qu'il dit en commençant sa prière est un mensonge, il entre en contradiction avec lui-même : « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » Mon ami, arrêtez-vous un instant. Vous dites que vous commencez votre prière au nom des trois personnes de la sainte Trinité. Mais vous avez donc oublié qu'il n'y a que huit jours, vous étiez dans une compagnie où l'on vous disait que quand on est mort tout est fini, et si cela était, il n'y avait ni Dieu, ni enfer, ni paradis ? Si, mon ami, dans votre endurcissement vous le croyez, vous ne venez pas pour prier ; mais seulement pour vous amuser et vous divertir. - Ah ! me direz-vous, ceux qui tiennent ce langage sont bien rares. - Cependant il y en a parmi ceux qui m'écoulent et qui ne laissent pas de faire quelques prières de temps en temps. Et je vous montrerais encore, si je voulais, que les trois quarts de ceux qui sont ici à l'église, quoiqu'ils ne le disent pas de bouche, le disent souvent par leur conduite et leur manière de vivre ; car si un chrétien pensait véritablement à ce qu'il dit en prononçant les noms des trois personnes de la sainte trinité, ne serait-il pas saisi de frayeur jusqu'au désespoir, en considérant en lui l'image du Père qu'il a défigurée d'une manière si affreuse, l'image du Fils qui est en son âme, traînée et roulée dans le limon du vice et l'image du Saint-Esprit, dont son coeur est le temple et le tabernacle et qu'il a remplie d'ordures et de saletès. Oui, M. F., ces trois mots seuls, si ce pécheur avait la connaissance de ce qu'il dit et de ce qu'il est, pourrait-il les prononcer sans mourir d'horreur de lui-même ? Écoutez ce menteur : « Mon Dieu, je crois fermement que vous êtes ici présent. » Eh quoi ! mon ami, vous croyez que vous êtes en la présence de Dieu devant qui les anges, qui sont sans tache, tremblent et n'osent lever les yeux, devant qui ils se couvrent de leurs ailes ne pouvant soutenir l'éclat de la majesté que le ciel et la terre ne peuvent contenir ! Et vous, tout couvert de crimes, vous y êtes avec un genou par terre et l'autre en l'air. Osez-vous bien ouvrir la bouche pour laisser sortir une telle abomination ! Dites donc plutôt que vous faites comme les singes, que vous faites ce que vous voyez faire aux autres, ou plutôt que c'est un moment d'amusement que vous prenez en faisant semblant de prier.
Un chrétien qui se met en la présence de son Dieu, qui sent ce qu'il dit à l'auteur même de son existence, n'est-il pas saisi de frayeur en voyant, d'un côté, son indignité de paraître devant un Dieu si grand et si redoutable, et, de l'autre, son ingratitude ? Ne lui semble-t-il pas, à chaque instant, que la terre va s'ouvrir sous ses pieds pour l'engloutir ? Ne se regarde-t-il pas comme entre la vie et la mort ? Son coeur n'est-il pas dévoré de regret et plein de reconnaissance ? Je dis de regret, en pensant combien il a été malheureux d'avoir offensé un Dieu si bon, et de reconnaissance, en pensant combien il faut que Dieu soit patient et charitable de le souffrir en sa sainte présence, malgré son ingratitude et tous les outrages dont il s'est rendu coupable à tous moments. Mais, pour vous qui priez et qui ne voulez pas quitter le péché, du moins pas encore, dites-moi, quelle différence mettez-vous entre l'église et un bal, si j'ose faire cette affreuse comparaison, puisque l'une est la demeure de Dieu, et l'autre, celle du démon (2) ? Si vous ne le savez pas, je vais vous l'apprendre, le voici. En allant au bal, de quoi vous occupez-vous ? C'est sans doute des personnes que vous espérez y trouver. Votre premier soin, en y entrant, est de promener vos regards pour voir si vous les apercevrez, c'est de considérer la manière dont la salle est construite, les tapisseries qui la décorent, c'est d'y saluer les personnes que vous y connaissez, de vite vous asseoir et d'y causer. Je ne vais pas plus loin ; je ne parlerai pas de toutes les mauvaises pensées, mauvais désirs, mauvais regards, laissons tout ceci de côté, et dites-moi franchement, vous, mon ami, vous qui devriez être sans cesse livré au désespoir, sachant l'état affreux où vous êtes, puisque vous êtes chargé de péchés, n'est-ce pas la conduite que vous tenez en venant à la maison du Seigneur ? J'ai dit que lorsqu'une personne de plaisir va dans un bal ou une danse, elle ne s'occupe que de choses indifférentes, ou de ses plaisirs, et nullement du bon Dieu : lorsque vous venez à l'église, pensez-vous devant qui vous êtes, et à qui vous allez parler ? Vous conviendrez avec moi que votre conduite est précisément celle-là. J'ai dit qu'en entrant, un de leurs premiers soins est de considérer la manière dont la salle est ornée : eh bien ! n'est-ce pas ce que vous faites en arrivant dans la maison du Seigneur ! Vous regardez du haut en bas, d'un coin de l'église à l'autre (3). Je dis encore qu'un de leurs premiers soins est d'examiner les personnes qu'elles connaissent et de les saluer : n'est-ce pas ce que vous faites, en voyant une personne ou un ami que vous n'aviez pas vit depuis quelques jours ? Vous ne faites pas difficulté de leur parler, de les saluer en ce lieu, de leur souhaiter le bonjour en présence du bon Dieu qui est en corps et en âme sur l'autel, qui vous aime, qui ne vous appelle en sa sainte présence que pour vous pardonner et vous combler des bienfaits les plus grands. Une autre occupation de cette sorte de gens, c'est d'examiner la manière dont sont arrangées les personnes et leur beauté ; et de là naissent les mauvais regards, les mauvaises pensées, les mauvais désirs.
Eh bien ! mon ami, dites-vous que cela ne vous arrive pas ? Cela n'arrive-t-il pas, même pendant la sainte Messe ? Tandis qu'un Dieu s'immole à la justice de sont Père pour satisfaire à vos péchés, vous promenez vos regards pour voir comment une telle ou un tel est arrangé, et sa beauté. Cela n'est-il pas cause que vous faites naître en vous un nombre presque infini de pensées que vous ne devriez pas avoir et de mauvais désirs ? Ouvrez donc les yeux, mon ami, et vous verrez que tout ce que vous dites à Dieu n'est autre chose que mensonge et tromperie.
Allons plus loin. « Mon Dieu, dites-vous, je vous adore et je vous aime de tout mon coeur. » Vous vous trompez, mon ami, il ne faut pas dire le bon Dieu, mais votre dieu et quel est votre dieu ? Le voici : c'est cette jeune fille à qui vous avez donné votre coeur, qui vous occupe continuellement. Et vous, ma soeur, qui est votre dieu ? N'est-ce pas ce jeune homme à qui tous vos soins ont été de plaire, peut-être même clans l'église où vous ne devez venir que pour pleurer vos péchés et demander à Dieu votre conversion ? N'est-il pas vrai que, pendant que vous priez, les objets que vous aimez occupent votre esprit, et se présentent devant vous pour se faire adorer à la place de votre Dieu ? N'est-il pas vrai que tantôt c'est le dieu de la gourmandise qui se présente devant vous pour se faire adorer, en pensant à ce que vous mangerez lorsque vous serez chez vous ? Ou, une autre fois, le dieu de la vanité, en prenant plaisir sur vous-même, en vous considérant comme digne de mériter l'adoration des hommes ? Savez-vous ce que vous dites à Dieu ? Le voici : « Seigneur, dites-vous, descendez de votre trône, donnez-moi votre place. » Mon Dieu, quelle horreur, et quelle abomination ! Et, cependant, vous dites cela toutes les fois que vous désirez plaire à quelqu'un. Une autre fois, c'est le dieu de l'avarice, de la vanité, de l'orgueil, ou même de l'impudicité qui sont venus devant vous pour se faire adorer et aimer à la place du vrai Dieu.
Voulez-vous que je vous le montre d'une manière plus claire ? Ecoutez-moi. Pendant la sainte Messe, ou pendant vos prières, il vous vient une pense de haine ou de vengeance ; si vous aimez mieux le bon Dieu que ces objets-là, vous les chasserez promptement ; mais, si vous ne les chassez pas, vous montrez que vous les préférez à Dieu et que vous les mettez à la place de Dieu même pour leur donner votre coeur. C'est comme si vous disiez à Dieu, quand ces pensées vous viennent : « Mon Dieu, sortez de ma présence, et laissez-moi mettre à votre place ce démon-là pour lui donner les affections de mon coeur ». Vous conviendrez donc avec moi, M.F., que ce n'est presque jamais le bon Dieu que vous adorez dans vos prières, mais chacun de ces penchants, c'est-à-dire, ces passions et rien autre. - Cela, me direz-vous, est un peu fort. - Cela est un peu fort, mon ami ? Eh bien ! je vais vous montrer que c'est la vérité, dans tout son jour. Dites-moi, mon frère, ou vous, ma soeur, quand vous vous confessez, votre confesseur ne vous dit-il pas : « Si vous quittez ces désirs, ces pensées, ou si vous cessez ces mauvaises habitudes, ces cabarets, je vous donnerai votre Dieu, vous aurez le bonheur de le recevoir aujourd'hui dans votre coeur ? » - « Non, mon père, lui dites-vous, pas encore ; je ne me sens pas le courage de faire ce sacrifice, c'est-à-dire de quitter ces danses, ces jeux, ces mauvaises compagnies. » - N'est-ce pas que vous préférez que le démon règne dans votre âme à la place du bon Dieu ? Le confesseur dira à ce vindicatif : « Mon ami, si vous ne pardonnez pas à cette personne qui vous a outragé, vous ne pouvez pas avoir le bonheur de posséder le Dieu des chrétiens. » - « Non, mon père, lui dites-vous, je préfère ne pas recevoir le bon Dieu. » - « Mon ami, dira encore le confesseur à un avare, si vous ne rendez pas ce bien qui ne vous appartient pas, vous êtes indigne de recevoir votre Dieu. » - « Mon père, je n'ai pas l'intention de le rendre si tôt ; » et ainsi de tous les autres péchés. Cela est si vrai que, si ce que nous aimons paraissait visiblement, chacun aurait devant soi une branche des sept péchés capitaux, et Dieu serait pour les anges seuls.
Mais allons plus loin, et nous verrons, et nous entendrons ce charlatan et ce chrétien menteur.
Et d'abord voyons sa foi. Nous disons que c'est la foi qui nous découvre la grandeur de la majesté de Dieu devant lequel nous avons le bonheur d'être ; c'est cette foi, jointe a l'espérance, qui soutenait les martyrs au milieu des tourments les plus affreux. Dites-moi, ce pécheur peut-il avoir la pensée, peut-il croire, en commençant sa prière, qu'elle sera récompensée ? Quoi ! une prière remplie de toutes sortes de choses excepté de Dieu seul ; une prière faite en s'habillant ou en travaillant, le coeur occupé de son travail, peut-être même de haine et de vengeance, que sais-je, de mauvaises pensées ! Une prière faite en criant et jurant après vos enfants ou vos domestiques ! Si cela était, ne serait-on pas forcé d'avouer que Dieu récompense le mal ?
2° Je dis que le pécheur n'a point d'espérance en faisant sa prière, sinon qu'elle sera bientôt finie : voilà à quoi se borne toute son espérance. - Mais, me direz-vous, ce pécheur, tout pécheur qu'il est, espère bien quelque chose ? - Eh bien ! moi, je crois qu'un pécheur ne croit rien et n'espère rien, car s'il croyait qu'il y a un jugement, et par conséquent un Dieu qui doit lui demander compte de toutes les minutes et les demi-minutes de sa vie, et que ce compte se fera dans le moment qu'il n'y pensera pas ; s'il croyait qu'un seul péché mortel va le faire juger digne d'une éternité de malheur ; s'il pensait bien qu'il n'y a pas une prière de sa vie, pas un désir, pas une action, pas un mouvement de son coeur qui ne soit écrit dans le livre de ce souverain juge ; s'il voyait sa conscience chargée des crimes, peut-être les plus affreux ; et que, peut-être en lui seul, il renferme autant de péchés qu'il en faudrait pour condamner au feu dévorant toute une ville de cent mille âmes, pourrait-il bien rester dans cet état ? Non, sans doute, s'il croyait véritablement qu'après ce jugement il y a pour les pécheurs un enfer éternel, dont un seul péché mortel sera cause, s'il meurt dans cet état ; que la colère de Dieu l'écrasera pendant toute l'éternité, et que les pécheurs y tombent par milliers continuellement ; ne prendrait-il pas d'autres précautions qu'il ne prend pour éviter ce malheur ? S'il croyait véritablement qu'il y a un ciel, c'est-à-dire un bonheur éternel pour tous ceux qui auront pratiqué fidèlement ce que la religion leur commande, pourrait-il se comporter comme il le fait ? Non, sans doute. Si, dans le moment où il est prêt à pécher, il croyait que Dieu le voit, qu'il perd le ciel et s'attire toutes sortes de maux pour cette vie et pour l'autre, aurait-il le courage de faire ce que le démon lui inspire ? Non, mon ami, non, cela lui serait impossible. De là je conclus qu'un chrétien qui a péché et qui reste dans son péché a entièrement perdu la foi ; c'est un pauvre homme à qui les démons ont tiré les yeux, qui est suspendu par une petite corde sur l'abîme le plus affreux ; ils l'empêchent, autant qu'ils peuvent, de voir les horreurs qui lui sont préparées. Disons mieux, ses plaies sont si profondes et son mal si invétéré, qu'il ne sent plus son état ; c'est un prisonnier, condamné à perdre la vie sur l'échafaud, qui se divertit en attendant le moment de l'exécution ; on a beau lui dire que sa sentence est prononcée, que dans peu de temps il ne sera plus de ce monde ; à le voir, et à la manière dont il se conduit, vous diriez qu'on lui annonce qu'on vient de lui faire sa fortune. O mon Dieu, que l'état d'un pécheur est donc malheureux !
Pour l'espérance d'un pécheur, il ne faut pas en parler, car, l'espérance d'un animal et la sienne sont la même chose ; examinez la conduite de l'un et la conduite de l'autre, il n'y a point de différence. Une bête fait consister tout son bonheur dans le boire et le manger et les plaisirs de la chair, et vous n'en trouvez pas d'autres chez un péchcur qui vit dans le péché. - Mais me direz-vous, il va bien à la messe, il fait bien encore quelques prières. - Et pourquoi cela ? Ce n'est, ni le désir de plaire à Dieu et de sauver son âme qui le porte à cette action, c'est l'habitude et la routine qu'il a contractées dès sa jeunesse. Si les dimanches ne venaient que tous les ans ou tous les dix ans, il n'y viendrait que tous les ans et encore moins ; il le fait parce que les autres le font. Vous voyez bien à la manière dont il se comporte dans tout cela que ce n'est pas autre chose ; ou, pour mieux vous faire connaître ce qu'est l'espérance d'un chrétien pécheur, je vous dis qu'il n'a pas d'autre espérance que celle d'une bête de somme ; car nous sommes parfaitement convaincus qu'un animal n'espère que ce dont il peut jouir sur la terre. Un pécheur endurci qui ni ne pense à quitter le plaisir, ni ne veut sortir du péché, n'a autre chose à espérer, puisqu'il dit et pense, ou du moins il fait ce qu'il peut pour se persuader que tout est fini après la mort. C'est en vain, mon Dieu, que vous seriez mort pour ces pécheurs ! Ah ! mon ami, en croyant avoir de l'esprit, tu t'avilis bien bas, puisque tu te mets au rang des bêtes et des plus vils animaux.
3° Nous avons dit aussi que la prière d'un bon chrétien doit être animée de la charité, c'est-à-dire de l'amour de Dieu qui le porte à aimer Dieu de tout son coeur, et à haïr et détester souverainement le péché comme le plus grand de tous les maux, avec un désir sincère de ne plus le commettre, et de le combattre et l'écraser partout où nous le trouverons. Vous voyez encore que cela ne se trouve pas dans les prières d'un pécheur qui n'est pas fâché d'avoir offensé le bon Dieu, puisqu'il le tient cloué sur la croix de son coeur, et cela autant de temps que le péché y règne. Voulez-vous encore écouter un instant ce menteur, voyez et entendez-le poursuivre son acte de contrition. Si vous avez vu quelquefois jouer une pièce de comédie ou de théâtre, vous savez que tout ce qu'ils font n'est que fausseté et mensonge. Eh bien ! prêtez un moment vos oreilles à la prière de ce pécheur, et vous verrez qu'il ne fait et ne dit autre chose ; vous verrez que tout ce qu'il fait n'est que mensonge et fausseté. I1 vous serait impossible de lui entendre dire son acte de contrition sans vous sentir saisi de compassion : « Mon Dieu, commence-t-il, qui voyez mes péchés, voyez aussi la douleur de mon coeur. » O mon Dieu, peut-on bien prononcer une telle abomination ! Oui, sans doute, pauvre aveugle, il voit bien tes péchés, il ne les voit que trop, malheureusement. Mais ta douleur, où est-elle ? Dites donc plutôt : « Mon Dieu, qui voyez mes péchés, voyez aussi la douleur des saints solitaires dans les bois, où ils passent les nuits à pleurer leurs péchés. » Mais, pour vous, je vois bien que vous n'en avez point. Bien loin d'avoir la douleur de vos péchés, vous ne voudriez pas en avoir, puisque vous restez dans ces péchés, sans vouloir les quitter. « Mon Dieu, continue ce menteur, j'ai un extrême regret de vous avoir offensé. » Mais est-il bien possible de prononcer de telles impiétés et de tels blasphèmes ! Si vous en étiez bien, extrêmement fâché, pourriez-vous rester un mois, deux, trois, peut-être dix ou vingt ans avec le péché dans votre coeur ? Encore une fois, si vous étiez fâché d'avoir offensé Dieu, serait-il nécessaire que le ministre du Seigneur soit continuellement occupé à dépeindre le châtiment que Dieu réserve au péché, pour vous en donner de l'horreur ? Serait-il nécessaire de vous traîner, pour ainsi dire, aux pieds de votre Sauveur pour vous faire quitter le péché ? « Pardonnez-moi, mon Dieu, dit-il, parce que vous êtes infiniment bon et infiniment aimable et que le péché vous déplaît. » Tais-toi, mon ami, tu ne sais ce que tu dis. Certainement il est bon ; s'il n'avait écouté que sa justice, il y a bien longtemps que tu brûlerais dans les enfers. « Mon Dieu, dit-il, pardonnez mes péchés par les mérites de la mort et passion de Jésus-Christ votre cher Fils. » Hélas ! mon ami, toutes les souffrances que Jésus-Christ a eu la charité d'endurer pour toi, ne seront pas capables de toucher ton coeur, il est trop endurci. « Donnez-moi, dit-il, la grâce d'accomplir la résolution que je prends maintenant de faire pénitence et de ne vous offenser jamais. » Mais, mon ami, peux-tu bien raisonner de cette manière ? Où est donc cette résolution que tu as prise de ne plus offenser le bon Dieu ? Puisque tu aimes le péché et que, bien loin de vouloir en sortir, tu cherches le lieu et les personnes qui peuvent t'y porter ; dis plutôt, mon ami, que tu serais bien fâché, si le bon Dieu t'accordait la grâce de ne jamais plus l'offenser, puisque tu te plais tant à te rouler dans les ordures de tes vices. Je crois, mon ami, qu'il serait beaucoup mieux pour toi de ne rien dire que de parler de cette manière.
Mais allons plus loin. Nous lisons dans l'Évangile que les soldats ayant mené Jésus-Christ dans le prétoire, et s'étant tous assemblés autour de lui, ils le dépouillèrent de ses habits, jetèrent sur ses épaules un manteau d'écarlate, le couronnèrent d'épines, le frappèrent à la tête avec un roseau, lui donnèrent des soufflets, lui crachèrent au visage, et après tout cela, pliant un genou devant lui, ils l'adoraient. Peut-on trouver un outrage plus affreux ? Eh bien ! cela vous étonne ? voir véritablement la conduite d'un chrétien qui est dans le péché et qui, ni ne pense à en sortir, ni ne le veut ; et je dis de plus, que à lui seul il fait tout ce que les Juifs firent tous ensemble, puisque saint Paul nous dit qu'à chaque péché que nous commettons, nous faisons mourir le Sauveur du monde (Heb., VI, 6.) ; c'est-à-dire que nous faisons tout ce qu'il faudrait pour le faire mourir, s'il était encore capable de mourir une seconde fois. Tant que le péché règne dans notre coeur, nous tenons, comme les Juifs, Jésus-Christ cloué sur la croix ; avec eux, nous venons l'insulter en ployant le genou devant lui, en faisant semblant de le prier.
Mais, me direz-vous, ce n'est pas là mon intention, lorsque je fais ma prière ; Dieu me garde de jamais faire ces horreurs ! -Belle excuse, mon ami ! Celui qui commet le péché, n'a pas l'intention de perdre la grâce ; cependant il ne laisse pas que de la perdre ; en est-il moins coupable ? Non, sans doute, parce qu'il sait bien qu'il ne peut pas faire telle action ou dire telle chose sans se rendre coupable d'un péché mortel. Si vous en venez là, l'intention de tous les damnés qui maintenant brillent, n'était certainement pas de se damner ; pour cela sont-ils moins coupables ? Non, sans doute, parce qu'ils savaient qu'ils se damneraient en vivant comme ils ont vécu. Un pécheur qui prie avec le péché dans son coeur n'a pas l'intention de se moquer de Jésus-Christ, ni de l'insulter ; il n'en est pas moins vrai qu'il se moque de lui, parce qu'il sait bien que l'on se moque de Dieu quand on lui dit : Mon Dieu, je vous aime, tandis qu'on aime le péché, ou : Je m'en confesserai au plus tôt. Ecoutez ce dernier mensonge ! il ne pense pas même à se confesser ni à se convertir. Mais, dites-moi, quelle est votre intention, quand vous venez à l'église, ou que vous faites ce que vous appelez votre prière ? - C'est, me direz-vous peut-être, si vous osez toutefois le dire, de faire un acte de religion, de rendre à Dieu l'honneur et la gloire qui lui appartiennent. - O horreur ! ô aveuglement ! ô impiété ! vouloir honorer Dieu par des mensonges, c'est-à-dire vouloir l'honorer par ce qui l'outrage ! O abomination ! avoir Jésus-Christ à la bouche et le tenir crucifié dans son coeur, joindre ce qu'il y a de plus saint avec ce qu'il y a de plus détestable, qui est le service du démon ! oh ! quelle horreur ! offrir à Dieu une âme que l'on a déjà mille fois prostituée au démon ! O mon Dieu, que le pêcheur est aveugle, et d'autant plus aveugle qu'il ne se connaît pas, et même ne cherche pas à se connaître !
N'avais-je pas bien raison, en commençant, de vous dire que la prière d'un pécheur n'est autre chose qu'un tissu de mensonges et de contradiction ? Cela est si vrai, que le Saint-Esprit nous dit, lui-même que la prière d'un pécheur qui ne veut pas sortir du péché est en exécration aux yeux du Seigneur (prov., XXVIII, 9.).- Cet état, direz-vous avec moi, est bien affreux et bien digne de compassion. - Eh bien ! voyez combien le péché vous aveugle ! cependant je le dis sans crainte d'exagérer, au moins la moitié de ceux qui sont ici, qui m'écoutent dans cette église, sont de ce nombre. N'est-ce pas que cela ne vous touche pas, ou plutôt que cela vous ennuie, que le temps vous dure ? Voilà, mon ami, l'abîme malheureux où le péché conduit un pécheur. D'abord, vous savez qu'il y a six mois, un an ou plus, que vous étes dans le péché, n'est-ce pas que vous êtes tranquille ? - Eh oui, me direz-vous. - Cela n'est pas difficile à croire, parce que le péché vous a tiré les yeux ; vous n'y voyez plus rien, et il a endurci votre coeur afin que vous ne sentiez plus rien, et je suis comme sûr que tout ce que je vous ai dit ne vous fera faire aucune réflexion. O mon Dieu, dans quel abîme conduit le péché !
Mais, me direz-vous, il ne faut plus prier, puisque nos prières ne sont que des insultes que nous faisons à Dieu ? - Ce n'est pas ce que j'ai voulu vous dire en vous disant que vos prières n'étaient que des mensonges. Mais, au lieu de dire : Mon Dieu, je vous aime, dites : Mon Dieu, je ne vous aime pas, mais faites-moi la grâce de bien vous aimer. Au lieu de lui dire : Mon Dieu, j'ai un extrême regret de vous avoir offensé, dites-lui : Mon Dieu, je ne ressens aucun regret de mes péchés, donnez-moi toute la douleur que je dois en avoir. Bien loin de dire : Je veux me confesser de mes péchés, dites-lui plutôt : Mon Dieu, je me sens attaché à mes péchés, il me semble que je ne voudrais jamais les quitter ; donnez-moi cette horreur que je dois en ressentir, afin que je les abhorre, les déteste et les confesse, atin de ne jamais les reprendre. O mon Dieu, donnez-nous, s'il vous plaît, cette horreur éternelle du péché, puisqu'il est votre ennemi, et que c'est lui qui vous a fait mourir, qu'il nous arrache votre amitié, qu'il nous sépare de vous ! Ah ! faites, divin Sauveur, que toutes les fois que nous viendrons vous prier, nous le fassions avec un coeur détaché du péché, un coeur qui vous aime, et qui, dans ce qu'il vous dira, ne dise que la vérité ! C'est la grâce, M. F., que je vous souhaite.
(1) « Cessez de m'importuner. » « Mon ami, donne-moi du pain, un de mes amis vient de venir, je n'ai rien pour le recevoir. » (Note du Curé d'Ars.) Ces paroles sont tirées de la parabole des deux amis. (Luc. XI.)
(2) Il y a cette différence que dans un bal on ne voudrait pas en sortir, et que, dans une église, on n'y est pas encore qu'on voudrait être dehors. (Note du Curé d'Ars.)
(3) Un saint qui n'avait pas regardé le toit de sa cellule pendant quatre ans. Ce saint est saint Pierre d'Alcantara. (Note du Curé d'Ars.)
Source : sermon du Saint curé d'Ars

DEUXIÈME DIMANCHE APRÈS L'ÉPIPHANIE
Sur le Mariage
Vocatus est Jesus ad nuptias.
Jésus fut invité aux noces. (S. Jean. II. 2).
Que les chrétiens seraient heureux, s'ils avaient le bonheur de faire comme ces deux époux fidèles qui allèrent prier Jésus-Christ de venir assister à leurs noces pour les bénir et leur donner les grâces nécessaires à leur sanctification ; mais non, M. F., très peu font ce qu'ils doivent faire pour engager Jésus-Christ à venir à leurs noces afin de les bénir : au contraire, il semble que l'on prend tous les moyens pour l'en empêcher. Hélas ! que de gens damnés pour n'avoir pas invité Jésus-Christ à leurs noces, que de gens qui commencent leur enfer en ce monde ! Hélas ! que de chrétiens qui entrent dans cet état avec les mêmes dispositions que les païens et peut-être encore avec de plus criminelles. Disons, M. F., en gémissant, que, de tous les sacrements, il n'y en a point qui soit tant profané. Il semble qu'on ne reçoit ce grand sacrement que pour commettre un sacrilège. Hélas ! si nous voyons tant faire de mauvais mariages, tant de gens malheureux, tant qui, par les malédictions qu'ils se vomissent l'un contre l'autre, vraiment commencent leur enfer en ce monde, n'en cherchons point d'autre raison que la profanation de ce sacrement.
Hélas ! si de tous les trente mariages il y en avait trois qui eussent reçu toutes les grâces, ce serait déjà beaucoup. Mais aussi, que s'ensuit-il, de toutes ces profanations, sinon une génération de réprouvés ? Mon Dieu, peut-on bien y penser et ne pas trembler, en voyant tant de pauvres personnes qui n'entrent en cet état que pour tomber en enfer ? Quel est mon dessein, M. F. ? le voici. C'est d'abord de montrer à ceux qui sont entrés dans cet état, les fautes qu'ils y ont faites, et ensuite à ceux qui pensent d'y entrer, les dispositions qu'ils doivent y apporter.
1. - Personne ne doute, M. F., que nous pouvons nous sauver dans tous les états que Dieu a créés, chacun dans celui que Dieu nous a destiné, si nous y apportons les dispositions que Dieu demande de nous : de sorte que, si nous nous perdons dans notre état, c'est que nous n'y sommes pas entrés avec de bonnes dispositions. Mais il est vrai qu'il y en a qui renferment beaucoup plus de difficultés que d'autres. Nous savons quel est celui qui en renferme le plus, c'est celui du mariage ; et cependant nous voyons que c'est celui que l'on reçoit avec de plus mauvaises dispositions. Lorsqu'on veut recevoir le sacrement de confirmation, l'on fait une retraite, l'on tâche de bien se faire instruire, pour se rendre digne des grâces qui y sont attachées ; mais pour celui du mariage, d'où dépend ordinairement le bonheur ou le malheur éternel de celui qui le reçoit, bien loin de s'y préparer par une retraite ou quelqu'autre bonne action, il semble que jamais l'on n'aura assez accumulé crimes sur crimes pour le recevoir, il semble qu'on n'aura jamais assez fait de mal pour mériter la malédiction du bon Dieu, afin d'être malheureux toute la vie en se préparant un enfer pour l'éternité. Lorsque l'on veut entrer dans l'état ecclésiastique, ou dans un monastère, ou même rester dans le célibat, l'on consulte, l'on prie, l'on fait des bonnes oeuvres, afin de bien demander à Dieu la grâce de connaître sa vocation ; quoique dans l'ordre religieux tout nous porte au bon Dieu, tout nous éloigne du mal, malgré cela, l'on prend beaucoup de précautions ; mais pour le mariage, où il est si difficile de se sauver, ou pour mieux dire, où il y en a tant qui se damnent, où sont les préparations que l'on fait pour demander à Dieu la grâce de mériter le secours du ciel qui nous est si nécessaire pour pouvoir nous y sanctifier ? Presque personne ne s'y prépare, ou on le fait d'une manière si faible que le coeur n'y est pour rien.
Dès qu'un jeune homme ou une jeune fille commence à vouloir penser à s'établir, ils commencent à s'éloigner de Dieu en abandonnant la religion, la prière et les sacrements. Les parures et les plaisirs prennent la place de la religion, et les crimes les plus honteux prennent la place des sacrements. Ils continuent cette route jusqu'au moment où ils entrent dans le mariage, où la plupart consomment leur malheur éternel en commettant trois sacrilèges dans deux ou trois jours : je veux dire, en profanant le sacrement de pénitence, celui de l'eucharistie et celui du mariage, si le prêtre est assez malheureux que de leur administrer les deux premiers ; je dis du moins pour la plupart, si ce n'est pas tous. Le plus grand nombre des chrétiens y apportent un coeur mille fois plus pourri par le vice infâme de l'impureté, qu'un grand nombre de païens, qui n'oseraient pas même faire ce que la plupart des chrétiens font. Une fille qui désire avoir un jeune homme n'a pas plus de réserve qu'une bête la plus immonde. Hélas ! c'est qu'elle abandonne le bon Dieu, et le bon Dieu l'abandonne à son tour ; elle se jette à corps perdu dans tout ce qu'il y a de plus infâme.
Hélas ! que peuvent être et devenir ces pauvres personnes qui reçoivent le sacrement de mariage dans un pareil état, et combien de ces malheureux qui ne le diront pas même en confession ? O mon Dieu ! avec quelle horreur le ciel peut et doit-il bien regarder de tels mariages !
Mais aussi que deviennent ces personnes malheureuses ? Hélas ! le scandale d'une paroisse et une source de malheurs pour les pauvres enfants qui naîtront d'eux. Qu'entend-on dans cette maison ? Rien autre, sinon jurements, blasphèmes, imprécations et malédictions. Cette jeune fille croyait que si elle pouvait avoir ce jeune homme, ou ce jeune homme cette fille, rien ne leur manquerait ; mais, hélas ! après s'être mis en ménage, quel changement, que de larmes, que de repentirs et que de gémissements ! Mais tout cela ne sert de rien. L'on est dans le malheur, et il faut y rester jusqu'à la mort, il faut vivre avec une personne que, le plus souvent, l'on ne peut ni voir ni sentir ; disons mieux, M. F., ils commencent leur enfer en ce monde pour l'aller continuer pendant toute l'éternité. Hélas ! que le nombre de ces mariages, qui sont ainsi malheureux, est grand ! et cependant, tout cela ne vient que de la profanation de ce sacrement. Ah ! si l'on pensait à ce que l'on va faire en entrant dans l'état du mariage, les charges qu'il y a à remplir et les diflicultés que l'on y trouvera pour se sauver, ô mon Dieu, que l'on se comporterait bien plus sagement ! Mais le malheur du grand nombre, c'est qu'ils ont déjà perdu la foi quand ils y entrent. D'un autre côté, le démon fait tout ce qu'il peut pour les rendre indignes des grâces que Dieu leur accorderait s'ils étaient bien préparés. Le démon, non seulement espère les avoir, mais encore que les enfants qui naîtront d'eux seront ses victimes. Oh ! que ceux que Dieu n'appelle pas à cet état sont heureux ! Oh ! que d'actions de grâces ils doivent rendre à Dieu de les exempter de tant de dangers de se perdre ! sans compter qu'ils seront bien plus près de Dieu dans le ciel, que toutes leurs actions seront bien plus agréables à Dieu, et que leur vie sera plus douce, et leur éternité plus heureuse. Mon Dieu ! qui pourra bien comprendre cela ? Hélas ! presque personne, parce que chacun suit, non sa vocation, mais la pente de ses passions.
Cependant, M. F., quoiqu'il soit si difficile de se sauver dans l'état du mariage, et que le plus grand nombre, sans s'en douter un seul moment, seront damnés, ceux que Dieu y appelle peuvent s'y sauver, s'ils ont le bonheur d'y apporter les dispositions que Dieu demande d'eux ; il leur accordera par ses sacrements les grâces qui leur sont promises. Chacun doit entrer où Dieu l'appelle, et nous pouvons dire que le plus grand nombre de chrétiens se damnent parce qu'ils ne suivent pas leur vocation, soit en ne la demandant pas à Dieu ou en se rendant indigne de la connaître par leur mauvaise vie.
Pour vous montrer que l'on peut se sauver dans le mariage, si c'est Dieu qui y appelle, écoutez ce que nous dit saint François de Sales, qui, étant dans le collège, s'entretenait un jour avec un de ses compagnons de l'état où ils entreraient. Saint François lui dit : Je crois que le bon Dieu m'appelle à être prêtre, j'y trouve tant de moyens de m'y sanctifier et d'y gagner des âmes à Dieu, que d'y penser, je me sens le coeur tout rempli de joie ; combien je me trouverais heureux, si je pouvais bien convertir des pécheurs à Dieu ! Pendant toute l'éternité, je les entendrais chanter les louanges de Dieu, je les verrais dans le ciel. L'autre lui dit : Je crois que Dieu m'appelle dans l'état du mariage et que j'aurai des enfants et que j'en ferai de bons chrétiens, et que moi-même je m'y sanctifierai. Tous les deux suivirent une vocation bien différente, puisque l'un fut prêtre et évéque, et l'autre fut dans le mariage, cependant tous deux sont saints. Celui qui se maria eut des garçons et des filles ; un de ses garçons fut archevêque, et il a été un saint ; un second, religieux ; un autre, président dans une chambre, lequel fit de sa maison presque un monastère. Il se levait tous les jours à quatre heures du matin, à cinq heures faisait la prière avec tous ses domestiques, les instruisait chaque jour. Plusieurs de ses filles furent religieuses ; de sorte, nous dit saint François de Sales, que tous, dans cette famille, furent des modèles de vertu dans le pays où ils furent placés. Vous voyez cependant que, quoiqu'il soit bien difficile et très difficile de se sauver dans l'état du mariage, ceux qui y sont appelés par Dieu, s'ils y apportent de bonnes dispositions, peuvent espérer de s'y sanctifier. Mais traitons d'une manière plus directe ce qui regarde ce sacrement.
II. - Si je demandais à un enfant ce que c'est que le sacrement de mariage, il me répondrait : c'est un sacrement qui a été institué par Notre-Seigneur-Jésus-Christ, et qui donne les grâces nécessaires pour sanctifier ceux qui se marient selon les lois de l'Église et de l'État. Mais quelles sont les dispositions pour recevoir les grâces que Dieu nous communique par ce sacrement ? Les voici : 1° C'est d'être suffisamment instruit des devoirs de son état et des misères qu'on y éprouve ; 2° C'est d'être en état de grâce, c'est-à-dire d'avoir fait une bonne confession de tous ses péchés, avec un vrai désir de ne plus les commettre. Si vous me demandez pourquoi il faut être en état de grâce pour se marier ? Je vous répondrai : 1° Parce que c'est un sacrement des vivants ; il faut donc que notre âme soit exempte de péchés ; 2° A défaut d'être en état de grâce, on commet un sacrilège, à moins que ce ne soit faute d'être suffisamment instruit.
Ceux qui veulent recevoir dignement ce sacrement doivent être instruits suffisamment pour connaître leurs devoirs et pour apprendre à leurs enfants ce qu'ils doivent faire pour vivre chrétiennement. Si une personne qui se marie ne sait pas ce qu'est le sacrement qu'elle va recevoir, qui l'a institué, quelles grâces il nous accorde, et quelles sont les dispositions que nous devons y apporter, il est bien certain qu'elle ne peut que commettre un sacrilège. Hélas ! que de sacrilèges dans la réception de ce grand sacrement, et combien de gens qui se marient sans savoir même les principaux mystères ; c'est-à-dire, laquelle des trois personnes divines s'est faite homme ! Ils ne sauraient pas seulement vous répondre que c'est la seconde personne qui a pris un corps et une âme dans le sein de la sainte Vierge par l'opération du Saint-Esprit, et que c'est le 25 mars ; que c'est le 25 décembre que ce Jésus est venu au monde à minuit, et qu'il est né comme homme et non pas comme Dieu, puisque comme Dieu il est de toute éternité. Combien qui ne savent pas que c'est le Jeudi saint que Jésus-Christ a institué le sacrement adorable de l'Eucharistie, en prenant du pain, le bénissant et le changeant en son corps ; et qu'ensuite il prit du vin et le changea en son sang, et qu'il dit à ses apôtres : « Toutes les fois que vous prononcerez ces mêmes paroles, vous ferez le même miracle ! » Combien qui ne savent pas que c'est le Jeudi saint que Jésus-Christ a institué les prêtres en leur disant ces paroles : « Faites ceci en mémoire de moi. Toutes les fois que vous direz les mêmes paroles, vous changerez comme moi le pain en mon corps, le vin en mon sang (I Cor., XI, 23-26.). » Peut-être même quelques-uns ignorent le jour que le bon Dieu est mort, qu'il est ressuscité et qu'il est monté au ciel. Cela vous étonne ? Hélas ! il y en a plus de deux qui ne savent pas combien, qui ne savent pas comment Dieu a souffert et comment il est mort ; c'est-à-dire qui ne savent pas que Dieu a souffert et est mort comme homme et non comme Dieu, puisque comme Dieu il ne pouvait ni souffrir ni mourir. Combien qui croient que les trois personnes de la Sainte Trinité ont souffert et sont mortes. Combien ne savent pas que Jésus-Christ, comme homme, est plus jeune que la sainte Vierge ; et que, comme Dieu, il est de toute éternité ! Combien auraient été bien embarrassés, si, avant de se marier, on leur avait demandé : Qui a institué les sacrements, et quels sont les effets de chaque sacrement en particulier, et quelles sont les dispositions que demande chaque sacrement ? Combien croient que c'est la sainte Vierge ou les apôtres qui ont institué les sacrements, et qui ne savent pas véritablement que c'est Jésus-Christ, et qu'il n'y a que lui qui pouvait les instituer et leur communiquer les grâces que nous y recevons : c'est-à-dire, que le baptême nous purifie du péché que nous apportons en venant au monde, que c'est le premier sacrement qu'un chrétien peut recevoir, et que les eaux pour le baptême ont été sanctifiées lorsque saint Jean baptisa Jésus-Christ dans le Jourdain, que Jésus-Christ l'a institué en disant à ses apôtres : « Allez, instruisez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, etc., etc. (Matth., XXVIII, 19.). »
Combien ne savent pas ce que c'est que le Saint-Esprit qu'ils reçoivent dans le sacrement de Confirmation, et que ce sacrement ne peut être donné que par les évêques, et qu'il faut être en état de grâce pour le recevoir ! Combien ne savent pas dans quel moment ils reçoivent le sacrement de Pénitence, et ne savent pas que c'est quand ils se confessent et qu'on leur donne l'absolution, et non pas toutes les fois qu'ils se confessent ! Combien ne savent pas que, dans le sacrement de l'Eucharistie, ils reçoivent le corps, le sang et l'âme de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qu'ils ne reçoivent ni les anges ni les saints ! Combien ne savent pas faire la différence entre le sacrement de l'Eucharistie et les autres, c'est-à-dire qu'ils ne savent pas que, dans le sacrement de l'Eucharistie, ils reçoivent le corps adorable et le sang précieux de Jésus-Christ, au lieu que dans les autres nous ne recevons que l'application des mérites de son sang précieux ! Combien ne savent pas connaître quels sont les sacrements des vivants et les sacrements des morts, et pourquoi on leur donne ces noms ; ils ne savent pas que le Baptême, la Pénitence et quelquefois l'ExtrêmeOnction, sont les sacrements des morts, parce qu'ils nous rendent la vie de la grâce que nous avons perdue par le péché, et que les autres sont appelés sacrements des vivants, parce qu'il faut que nous n'ayons point de péchés sur notre conscience quand nous voulons les recevoir. Combien d'autres ne savent pas ce qu'ils reçoivent lorsqu'on leur fait les onctions sur leurs sens, et quelle grâce ce sacrement de l'Extrême-Onction accorde aux malades qui le reçoivent dignement, c'est-à-dire qu'ils ne savent pas que ce sacrement les purifie de tous les péchés qu'ils ont commis par leurs sens, c'est-à-dire par les yeux, la bouche et les oreilles, etc., etc. Enfin combien d'autres ont ignoré la grâce que donnait le sacrement de mariage ! Combien d'autres qui ne savent pas que les sacrements n'ont eu leur effet qu'après la Pentecôte. hélas ! que de sacrilèges ! hélas ! que de gens mariés damnés ! Cependant si vous ignorez ces choses, vous pouvez bien compter que tous les sacrements que vous avez reçus sont à peu près des sacrilèges.
Une deuxième raison qui doit porter à bien se préparer pour recevoir toutes les grâces que nous confère ce grand sacrement, c'est qu'il y a bien des misères à y souffrir. Combien de pauvres femmes qui sont obligées de passer leur vie avec des maris dont les uns sont des hommes emportés, qu'un rien fait mettre en colère ; semblables à des lions, ils sont toujours après elles, les disputent et souvent même les maltraitent ; ils ne peuvent les voir manger. Elles meurent de chagrin ; il est bien rare si elles passent un jour sans verser des larmes (1) ; d'autres ont des maris qui mangent tout ce qu'ils ont dans les cabarets, tandis qu'une pauvre femme périt de misère avec ses enfants dans la maison. Ce que je dis des maris, je le dis pareillement des femmes. Combien de maris qui ont des femmes qui ne leur disent jamais un mot de bonne grâce, qui les méprisent, qui délaissent tout ce qu'il y a dans la maison, qui ne font que les disputer du matin au soir. Vous conviendrez avec moi que pour souffrir tout cela sans murmurer, de manière à le rendre méritoire pour le ciel, il faut une grâce extraordinaire. Eh bien ! M. F., si vous aviez reçu toutes les grâces que vous donne ce sacrement, vous en auriez un trésor infini pour le ciel ; les grâces que Dieu vous a préparées pour vous sauver, qu'il a attachées à votre vocation, vous rendraient cela supportable sans vous en plaindre. Mais d'où vient que cet homme ne peut pas souffrir les défauts qu'il aperçoit dans sa femme, et que la femme maudit à chaque instant son mari parce qu'il est un ivrogne ? C'est que ces personnes n'ont pas reçu les grâces du sacrement de mariage ; ils ne peuvent donc qu'être malheureux pendant leur vie et damnés après leur mort.
Mais un plus grand malheur encore, c'est que, outre cela, leurs enfants leur ressemblent. Hélas ! qui pourrait conter l'état déplorable des enfants qui naissent de tels mariages ? Vous les voyez presque vivre comme des bêtes. D'abord, les parents n'ont jamais su leur religion, par conséquent ils ne peuvent pas l'apprendre à leurs enfants. Hélas ! des enfants qui ont dix ou onze ans ne savent pas seulement leur prière, ni un mot de leur religion ; ils n'ont déjà que des jurements et des mauvais propos à la bouche. Hélas ! que de personnes mariées et d'enfants damnés ! au moins s'ils n'étaient pas mariés, ils seraient damnés tout seuls ! Que la profanation de ce sacrement peuple les enfers !
2° Mais, me direz-vous, que faut-il donc faire pour entrer saintement dans cet état ? - Mon ami, le voici. Écoutez-le bien, heureux si vous en profitez ! Il faut que votre mariage n'ait rien de semblable à ceux des païens. Voici les mariages des païens. Lorsqu'ils veulent s'établir, les uns prennent une femme pour en avoir des enfants à qui ils puissent laisser leur nom et leurs biens ; les autres, parce qu'ils ont besoin d'une compagne pour les aider dans les soins de la vie ; celui-ci, pour la beauté et les agréments, mais très peu pour la vertu. Après cela, l'on prend ses sûretés de part et d'autre ; on passe le contrat, et on célèbre le mariage, qui est accompagné de quelques cérémonies religieuses en leur manière ; l'on fait un grand festin, et on se livre à toutes sortes de joies et d'excès. Voilà, M. F., la manière dont procèdent les païens, c'est-à-dire, ceux qui n'ont pas comme nous le bonheur de connaître le vrai Dieu. Si vos mariages n'ont rien de mieux, tenez-vous sûrs que vous avez profané ce sacrement ; et, après cela, il faut encore vous résoudre à aller passer votre éternité dans les enfers.
Ce n'est donc véritablement que l'esprit de piété qui fait le mariage chrétien ; il faut donc le faire au nom de Jésus-Christ, en vue de lui plaire et de suivre sa vocation, se proposer le salut de son âme et rien autre. Ce n'est donc ni l'intérêt, ni le désir de suivre le penchant de son coeur, qui doit porter un chrétien à se marier ; mais celui de suivre la voix de Dieu qui vous appelle dans cet état, d'élever chrétiennement les enfants qu'il plaira à Dieu de vous donner. Mais dans une démarche si importante, l'on ne doit rien faire avec précipitation, ne jamais manquer de consulter ses parents, et ne rien conclure sans leur consentement. Les parents, non plus, ne doivent jamais forcer leurs enfants à prendre des personnes qu'ils n'aiment pas, parce qu'ils ne peuvent qu'être malheureux l'un et l'autre. Il faut toujours choisir des personnes qui ont de la piété : vous devez les préférer, quand même elles auraient moins de biens, parce que vous êtes sûrs que Dieu bénira votre mariage ; au lieu que pour ceux qui n'ont point de religion, leurs biens périront en peu de temps. Il ne faut pas faire comme plusieurs qui prennent un garçon ivrogne et mauvais sujet, en disant que, quand il sera marié, il se corrigera ; c'est tout le contraire, il ne deviendra que plus mauvais, et vous passerez votre vie dans une espèce d'enfer. Hélas ! que ces mariages sont épais (nombreux) !
C'est dans la prière et les bonnes oeuvres que vous devez demander à Dieu de vous faire connaître celui ou celle que Dieu vous destine. L'on dit qu'afin qu'un mariage soit bien fait, c'est-à-dire heureux, il faut qu'il soit fait dans le ciel avant de l'être sur la terre. D'abord les jeunes gens qui veillent mériter les grâces du mariage que Dieu prépare à ceux qui espèrent s'y sanctifier, ne doivent pas se parler seuls ni le jour ni la nuit, sans la présence de leurs parents, et ne jamais se permettre la moindre familiarité, ni la moindre parole indécente, sans quoi ils sont sûrs d'éloigner Dieu de leurs noces, et que, si Dieu n'y assiste pas, ce sera le démon. Hélas ! il n'y en a pas un tous les deux cents qui observe cela. L'on peut bien dire aussi qu'il n'y a pas un mariage, pas un ménage tous les deux cents, qui soit véritablement tel que la religion et la paix y règnent, de manière que l'on puisse dire que c'est une maison du bon Dieu. Au contraire, il y en a qui se traînent pendant trois ou quatre ans dans les danses, les bals, les comédies, les cabarets, qui passent des trois quarts de leurs nuits seuls, à se permettre tout ce que le démon d'impureté peut leur inspirer. Mon Dieu, sont-ce bien là des chrétiens qui doivent porter sous le voile du sacrement un coeur pur et exempt de tout péché ? Hélas ! qui pourra compter le nombre de péchés dont leur coeur est couvert et leur pauvre âme toute pourrie ? Hélas ! comment peut-on espérer que le bon Dieu pourra, tout puissant qu'il est, bénir de tels mariages de personnes qui vivent dans l'impureté la plus infâme depuis peut-être combien d'années ? qui ne font peut-être de prières ni le matin ni le soir ? qui ont laissé les sacrements depuis plusieurs années, ou, s'ils les ont fréquentés, ne l'ont fait que pour les profaner ? Hélas ! comment se peut-il faire que le sang adorable de Jésus-Christ puisse descendre sur ces noces pour les sanctifier, et rendre les peines du mariage douces et méritoires pour le ciel ? Hélas ! que de sacrilèges, et que de gens mariés qui iront brûler dans les abimes ! Mon Dieu, que les chrétiens connaissent peu leur malheur et leur perte éternelle ! Hélas ! ils ne quitteront pas leurs crimes infâmes après leurs noces ; toujours mêmes infamies, et toujours dans la route de l'enfer, où ils tomberont bientôt. Non, M. F., n'entrons pas dans le détail des horreurs qui se commettent dans le mariage, tout cela fait mourir d'horreur. Tirons le voile, qui ne se lèvera véritablement qu'au grand jour des vengeances, où nous verrons toutes ces turpitudes sans craindre de souiller notre imagination. Gens mariés, ne perdez jamais de vue que tout se verra au jour du jugement ; ce qui jettera une infinité de personnes dans l'étonnement, c'est que des chrétiens se soient permis des infamies semblables. Arrêtons-nous là.
III. - Si maintenant vous me demandez quelles sont les conditions qu'il faut pour qu'un mariage soit bon devant Dieu et devant les hommes, mon ami, deux choses que voici : il faut qu'il soit contracté selon les lois de l'Église et de l'État ; sans quoi le mariage serait nul, c'est-à-dire que les personnes vivraient dans le péché, comme deux personnes qui se mettent ensemble sans se marier devant l'Église. L'Église a fait ses lois, assistée, dirigée par le Saint-Esprit.
Si vous me demandez ce que c'est que les fiançailles, le voici : c'est la promesse que deux personnes se font l'une à l'autre de s'épouser. Dès le moment que deux personnes se sont fiancées, elles ne doivent pas rester dans la même maison sous peine de gros péché, à cause des dangers et des tentations auxquelles elles seront exposées ; parce que le démon fait tout ce qu'il peut pour les rendre indignes de la bénédiction du bon Dieu qui leur est promise dans le sacrement de mariage. C'est pourquoi l'Église leur défend d'habiter sous le même toit tout le temps des fiançailles.
Je vous ai dit, M. F., qu'il n'y a point de sacrements pour lesquels on prenne tant de précautions extérieures, que l'on reçoive avec tant d'appareil que celui du mariage. Après que le contrat est passé, l'on publie trois dimanches de suite les personnes qui veulent se marier, et cela pour deux raisons : la première, pour inviter tous les fidèles à prier pour eux, afin que Dieu leur accorde les grâces qui leur sont nécessaires pour entrer saintement dans cet état. La deuxième raison, c'est pour découvrir les empêchements qui pourraient mettre obstacle à ce mariage. Les cas dans lesquels l'Église défend le mariage s'appellent empêchements ; il y a de ces empêchements qui rendent les noces nulles, de sorte que des personnes qui se seraient mariées avec quelqu'un des empêchements que nous allons voir, ne seraient pas mariées, leur vie ne serait qu'une fornication continuelle. Hélas ! qu'il y en a, de ces malheureux mariages, qui font tomber les malédictions du ciel avec des peines partout où ils se trouvent ! Ne doutons pas, M. F., que la profanation de ce sacrement, et les crîmes qui se commettent dans le mariage, ne soient la cause de tous les grands maux dont Dieu nous accable, et nous le reconnaîtrons au jour du jugement.
Nous disons donc qu'il y a des empêchements qui se nomment dirimants ; voici ceux qui se rencontrent le plus souvent. Le premier, c'est la parenté jusqu'au quatrième degré inclusivement, c'est-à-dire qui renferme le quatrième degré et non le cinquième : cela se comprend aisément. Quand on annonce le mariage, si vous pensez que celui qui le publie ne sait pas ce que les fiancés lui cachent, vous êtes obligés de le dire à celui qui l'a publié, sans quoi vous commettez un gros péché mortel, puisqu'il y en a plusieurs qui le cachent autant qu'ils peuvent, par crainte de demander dispense et qu'il leur en coûte quelque chose. Le second, c'est l'affinité, c'est-à-dire qu'un veuf ne peut pas épouser les parents de sa défunte jusqu'au quatrième degré, ni la veuve les parents de son défunt. Le troisième, c'est la parenté spirituelle, c'est-à-dire que l'on ne peut pas se marier avec l'enfant que l'on a ondoyé ou tenu sur les fonts du baptême, ni avec le père ou la mère de cet enfant. Le quatrième, c'est l'honnêteté publique, c'est-à-dire que, quand une personne a été fiancée avec une personne, elle ne peut pas se marier ni avec la mère, ni avec la fille, ni avec la soeur de la personne avec qui elle avait été fiancée. Voilà, M. F., les empêchements que les fidèles peuvent connaître le plus, et lorsqu'on publie un mariage que l'on sait être dans quelqu'un de ces cas, on est obligé de le dire, ou bien l'on commet un péché mortel, et l'on se met dans le cas d'être excommunié, c'est-à-dire retranché du sein de l'Église. Vous voyez, M. F., combien vous devez prendre garde et ne jamais manquer de dire ce que vous savez. Il y en a quelques autres qui sont moins communs, quelques-uns qui sont secrets et infamants, comme l'adultère et l'homicide ; ceux qui en sont coupables doivent en avertir leur confesseur. Les lois de l'Église qui défendent ces sortes de mariages sont très sages, elles ont toutes été dictées par le Saint-Esprit. Il y a encore le voeu simple de chasteté, de six mois, un an, et le reste...
Il y a cependant quelquefois que l'Église donne des dispenses en faisant faire quelque aumône à ceux qui les demandent, mais n'oubliez jamais que toutes les dispenses que l'on demande, et où on ne dit pas bien les choses telles qu'elles sont, ne valent rien. Le Saint-Père n'accorde qu'à condition que ce que l'on dit est véritable ; de sorte que si ce que nous disons n'est pas bien vrai, c'est-à-dire, si vous donnez des raisons qui ne sont pas ou que vous les augmentiez, vos dispenses ne valent rien, par conséquent votre mariage est nul : c'est-à-dire que vous n'êtes pas mariés et que vous avez commis un sacrilège en recevant le sacrement de mariage, ainsi que tous les sacrements que vous recevez dans la suite. Hélas ! que le nombre eu est grand, de ces malheureux, et qui dorment tranquilles, tandis que le démon leur creuse un enfer éternel ! Vous ne devez donc jamais donner des raisons qui ne sont pas, et si vos pasteurs ne les trouvent pas bonnes, prenez bien garde de les presser en leur disant que vous vous mettrez tout de même ensemble. Hélas ! que de gens mariés damnés (2) !
Mais, me direz-vous, comment doit-on passer le temps des fiançailles ? - Le voici : Ce temps-là est un temps sacré qui doit se passer dans la retraite, la prière, et à faire toutes sortes de bonnes oeuvres, pour mériter que Jésus-Christ vous fasse, comme aux époux de Cana, en Galilée, la grâce d'assister à vos noces pour vous bénir, en vous donnant les secours nécessaires pour pouvoir vous y sanctifier. Il est très bon et souvent bien nécessaire de faire une confession générale, soit pour réparer les mauvaises que l'on aurait pu faire pendant sa vie, soit encore pour se rendre plus digne de recevoir ce sacrement, puisque les grâces y sont abondantes à proportion des dispositions que l'on y apporte. Dites-moi, M. F., est-ce bien de cette manière que l'on passe un temps aussi précieux que celui des fiançailles ? Hélas ! ne prenez-vous pas, M. F., les païens pour modèles, lesquels même ne font pas tout ce que le plus grand nombre de chrétiens de nos jours se permettent ! Ces malheureux chrétiens ne sont pas contents d'avoir traîné presque toute leur vie ou au moins une bonne partie, dans le crîme et l'infamie la plus noire ! il semble qu'ils n'en ont pas assez fait le premier jour de leurs fiançailles : les danses, les bals, les cabarets et la viande, si c'est un jour maigre.
Non contents de faire le mal seuls, comme s'ils craignaient de ne pas assez irriter la juste colère de Dieu sur eux, afin qu'au lieu de les bénir il les maudisse, ils seront trois ou cinq personnes à la fois ; c'est-à-dire selon leur fortune : ceux qui ont de quoi dépenser en invitent plus, et ceux qui ont moins en invitent moins ; mais toujours autant qu'ils ont. Il y en a qui peut-être perdront leurs âmes, feront des dettes en passant les trois quarts de la nuit, sans compter le jour, dans les cabarets, à se livrer à toutes sortes d'excès ; une partie se traînant par les chemins, et peut-être même l'épouse. - Mais, me direz-vous, cela ne vous regarde pas, ce n'est pas votre argent que nous dépensons ; nous ne vous devons rien. - Non, sans doute votre argent ne me regarde pas, mais vos âmes dont Dieu m'a chargé, me regardent.
Eh bien ! M. F., voilà le commencement de la sainte retraite des jeunes gens qui viennent de se fiancer ; voilà leur préparation pour recevoir le sacrement de mariage. Ce n'est pas encore tout ; le démon n'en a pas encore assez. Après avoir passé quelques jours dans la débauche avec les parents de la fille, ils passeront tout le reste du temps à courir les maisons pour porter des fiançailles. Dans chaque maison, ils commettront, peut-être, trois ou quatre gros péchés par les embrassements qu'ils font ou qu'ils permettent. - Mais, me direz-vous, c'est la coutume. - Ah ! vos coutumes, ce sont celles des païens ; comme vous avez suivi jusqu'à présent la même marche que celle des païens, il faut bien continuer ! Malgré ce que vous direz, cela n'empêchera pas que, lorsque vous paraîtrez au tribunal de Dieu pour y rendre compte de votre malheureuse vie, tous les embrassements que vous aurez donnés ou reçus dans ces temps de fiançailles, ne soient des péchés et, la plupart, des péchés mortels. - Oh ! je n'en crois rien. - Vous n'en croyez rien ? C'est que vos yeux sont un peu troubles ; mais ne vous inquiétez pas, le grand juge vous les éclaircira bien. Pourquoi est-ce que les garçons ne donnent pas des fiançailles aux garçons et les filles aux filles ? Je le sais bien : c'est que le démon n'y trouve pas si bien son compte. Le temps des fiançailles se passe dans cette dissipation ou plutôt dans cette chaîne de péchés, sans parler de tout ce qui se passe entre les femmes. Mon Dieu, sont-ce là des chrétiens ou des païens ? Hélas ! je n'en sais rien ; tout ce que je sais, c'est que ce sont de pauvres âmes que le démon traîne et dévore jusqu'à ce qu'il les précipite dans les flammes. Le temps du mariage arrive, ils n'ont plus que trois ou quatre jours ; ils vont se présenter au tribunal de la pénitence sans regret et sans désir méme de mieux faire. La preuve en est bien claire : vous allez voir les plaisirs, les mêmes danses, les excès dans le boire et le manger ; ils commencent les familles en se livrant à tout ce que le démon peut leur inspirer le jour de leurs noces, et encore pis s'ils le peuvent. Ils viennent de recevoir ce grand sacrement ; ah ! je me trompe, ils viennent de commettre un horrible sacrilège, et ils vont mettre le cachet à leur réprobation en passant, peut-être, un jour ou deux en débauches.
Mon Dieu, que penser de ces pauvres chrétiens ? Que vont-ils devenir ? Hélas ! vous les avez déjà abandonnés, parce qu'ils n'ont rien oublié pour vous forcer à les maudire et à les réprouver.
Mais, me direz-vous, il est permis de se réjouir ce jour-là. - Oui, sans doute, mais de se réjouir dans le Seigneur. Vous avez beau dire ce que vous voudrez, vous ne laisserez pas de rendre compte jusqu'à un sou dépensé inutilement ; vous aurez beau vous en moquer, cela est tel que je vous le dis. Un jour nous le verrons, prenez bien garde que ce ne suit pas trop tard pour vous. - Tout cela est bien difficile à croire, parce que, si nous faisions mal, le bon Dieu nous punirait ; pourtant nous en voyons qui se divertissent bien et qui tout de même
font bien leurs affaires. - Mon ami, ceci, loin d'être une bonne marque, est le plus grand de tous les malheurs. Savez-vous pourquoi le bon Dieu se conduit de cette sorte ? Le voici : c'est qu'il est juste. Il vous récompense de tout le bien que vous avez fait, afin qu'après votre mort, il n'ait qu'à vous jeter en enfer. Voilà la raison pourquoi il semble vous bénir malgré toutes les horreurs que vous avez commises dans vos fiançailles et vos noces, sans compter que tous les péchés que ceux que vous avez invités ont commis seront pour votre compte, sans qu'ils en soient eux-mêmes innocents. Hélas ! que la mort fera trouver de péchés là où plusieurs croient qu'il n'y en a point !
Que devrait faire un chrétien pour dignement recevoir ce sacrement ? Ce serait de s'y préparer de tout son coeur, d'avoir fait une bonne confession et d'avoir passé saintement le jour de ses fiançailles ; et, ce qu'il aurait pu dépenser, le donner aux pauvres pour attirer les divines bénédictions sur lui. Le jour de leurs noces, qu'ils aillent de grand matin à l'église pour implorer le secours et les lumières du Saint-Esprit, en recevant la bénédiction nuptiale. Que le sang de Jésus-Christ coule sur leurs âmes. Le jour qu'ils ont été mariés, qu'ils passent la journée dans la présence de Dieu en pensant quel malheur ce serait s'ils venaient à profaner ce jour si saint. Après leur mariage, ils doivent aller trouver un confesseur pour se faire instruire, afin qu'ils ne se perdent pas sans le savoir, ou plutôt, afin qu'ils puissent se comporter comme de vrais enfants de Dieu. Hélas ! où sont les chrétiens qui se conduisent de cette manière ? Hélas ! où sont aussi les gens mariés qui seront sauvés ?
Qu'il y en aura de perdus ! De ceux qui y apportent de bonnes dispositions, il n'y en a presque point. Que conclure de cela ? Le voici : C'est que la plupart des chrétiens entrent dans le mariage sans demander à Dieu les grâces qui leur sont nécessaires, ils y portent un coeur et une âme couverts de mille et mille péchés, et profanent ce sacrement : ce qui est une source de malheurs pour eux dans ce monde et dans l'autre. Heureux les chrétiens qui entrent dans ces bonnes dispositions et qui y persévèrent jusqu'à la fin ! C'est ce que je vous souhaite...
(1) Exemple de sainte Monique, et tant d'autres, etc... (Note du Curé d Ars.)
(2) « Une dispense obtenue sans des raisons légitimes rend le mariage nul. » (Instruction du père Jean Gibert, docteur de Sorbonne, sur le mariage, page 335.) (Note du Curé d'Ars.)
Une dispense obtenue sans raisons légitimes est une dispense qui a été obtenue en ne déclarant pas ce que l'on devrait découvrir, ou en alléguant faussement des raisons demandées par le droit, la coutume ou le style de la Chancellerie romaine.
Source :méditation du saint curé d'Ars

Sur la Sanctification du Chrétien
Domine, dimitte illam et hoc anno.
Seigneur, laissez-le encore une annee sur la terre. (S. Luc, XIII, 8.)
Un homme, nous dit le Sauveur du monde, avait un figuier planté dans sa vigne, et, venant pour y chercher du fruit, il n'en trouva point. Alors, il s'adressa au vigneron et lui dit : « Voilà déjà trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier sans en trouver ; coupez-le donc ; pourquoi occupe-t-il encore la terre ? » Le vigneron lui répondit : « Seigneur, laissez-le encore cette année, je labourerai autour, j'y mettrai du fumier ; peut-être portera-t-il du fruit ; sinon, vous le couperez et le jetterez au feu. »
Non, M. F., non, cette parabole n'a pas besoin d'explication. C'est précisément nous qui sommes ce figuier que Dieu a planté dans le sein de son Église, et de qui il avait droit d'attendre de bonnes oeuvres ; mais jusqu'ici nous avons trompé son espérance. Indigné de notre conduite, il voulait nous ôter de ce monde et nous punir ; mais Jésus-Christ, qui est notre véritable vigneron, qui cultive nos âmes avec tant de soin, et qui est déjà notre médiateur, a demandé en grâce à son Père, de nous laisser encore cette année sur la terre, promettant à son Père qu'il redoublerait ses soins et qu'il ferait tout ce qu'il pourrait pour nous convertir. Mon Père, lui dit ce tendre Sauveur, encore cette année, ne les punissez pas si tôt ; je les poursuivrai continuellement, tantôt par les remords de la conscience qui les dévoreront, tantôt par des bons exemples, tantôt par de bonnes inspirations. Je chargerai mes ministres de leur annoncer que je suis toujours prêt à les recevoir, que ma miséricorde est infinie. Mais si, malgré tout cela, ils ne veulent pas vous aimer, bien loin de les défendre contre votre justice, moi-même je me tournerai contre eux, en vous priant de les ôter de ce monde et de les punir. Prévenons, M. F., un si grand malheur, et. profitons de cette miséricorde qui est infinie. M. F., passons saintement l'année que nous allons commencer : et, pour cela, évitons tous ces désordres qui ont rendu nos années passées si criminelles aux yeux de Dieu. C'est ce que je vais vous montrer d'une manière simple et familière, afin que, le comprenant bien, vous puissiez en profiter.
I.- Pourquoi, M, F., notre vie est-elle remplie de tant de misères ? Si nous considérons bien la vie de l'homme, ce n'est autre chose qu'une chaîne de maux : les maladies, les chagrins, les persécutions, ou enfin les pertes de biens nous tombent sans cesse dessus ; de sorte que, de quelque côté que l'homme terrestre se tourne ou se considère, il ne trouve que croix et afflictions. Allez, interrogez depuis le plus petit jusqu'au plus grand, tous vous tiendront le même langage. Enfin, M. F., l'Homme, sur la terre, à moins qu'il ne se tourne du côté de Dieu, ne peut être que malheureux. Savez-vous pourquoi, M. F, ? Non, me direz-vous.- Eh bien mon ami, en voici la vétitable raison : C'est que Dieu, ne nous ayant mis en ce monde que comme dans un lieu d'exil et de bannissement, il veut nous forcer par tant de maux à ne pas y attacher notre coeur et à soupirer après des biens plus grands, plus purs et plus durables que ceux que l'on peut trouver en cette vie. Pour mieux nous faire sentir la nécessité de porter nos vues vers les biens éternels, Dieu a donné à notre coeur des désirs si vastes et si étendus, que plus rien de créé n'est capable de le contenter : c'est à ce point que, s'il espère trouver quelque plaisir en s'attachant à des objets créés, à peine possède-t-il ce qu'il désirait avec tant d'ardeur, à peine l'a-t-il goûté, qu'il se tourne d'un autre côté, espérant trouver quelque chose de mieux. Il est donc contraint et forcé d'avouer, par sa propre expérience, que c'est inutilement qu'il veut mettre son bonheur ici-bas dans les choses périssables. S'il espère avoir quelque consolation dans ce monde, ce ne sera qu'en méprisant les choses qui sont si passagères et de si peu de durée, et en tendant vers la fin noble et heureuse pour laquelle Dieu l'a créé. Voulez-vous être heureux, mon ami ? Regardez le ciel : c'est là où votre coeur trouvera de quoi se rassasier pleinement.
Pour vous prouver cela, M. F., je n'aurais qu'à interroger un enfant et à lui demander pour quelle raison Dieu l'a créé et mis au monde ; il me répondrait : Pour le connaître, l'aimer, le servir, et par ce moyen gagner la vie éternelle. - Mais ces biens, ces plaisirs, ces honneurs, qu'en devez-vous donc faire ? - Il me dirait encore : Tout cela n'existe que pour être méprisé, et tout chrétien qui est fidèle aux engagements qu'il a contractés avec Dieu sur les fonts sacrés du baptême, le méprise et le foule sous les pieds. - Mais, me direz-vous encore, que devons-nous donc faire ? De quelle manière devons-nous nous conduire, au milieu de tant de misères, pour arriver à la fin heureuse pour laquelle nous sommes créés ? - Eh ! mes amis, rien de plus facile ; tous les maux que vous éprouvez sont les véritables moyens pour vous y conduire : je vais vous le montrer d'une manière claire comme le jour dans son midi. D'abord, je vous dirai que Jésus-Christ, par ses souffrances et sa mort, a rendu tous nos actes méritoires, de sorte que, pour un bon chrétien, il n'y a pas un mouvement de notre coeur et de notre corps qui ne soit récompensé, si nous le faisons pour lui. - Peut-être pensez-vous encore : cela n'est pas assez clair ? - Eh bien ! si cela ne suffit pas, commençons la matière. Suivez-moi un instant, et vous allez savoir la manière de rendre toutes vos actions méritoires pour la vie éternelle, sans rien changer à votre manière d'agir. Il faut seulement tout faire en vue de plaire à Dieu, et j'ajouterai qu'au lieu de rendre vos actions plus pénibles en les faisant pour Dieu, au contraire elles n'en seront que plus douces et plus légères. Le matin, en vous éveillant, pensez aussitôt à Dieu, et faites vite le signe de la croix, en lui disant : Mon Dieu, je vous donne mon coeur, et puisque vous êtes si bon que de me donner encore un jour, faites-moi la grâce que tout ce que je ferai ne soit que pour votre gloire et le salut de mon âme. Hélas ! devons-nous dire en nous-mêmes, combien, depuis hier, sont tombés en enfer, qui peut-être étaient moins coupables que moi ! il faut donc que je fasse mieux que je n'ai fait jusqu'à présent.
Dès ce moment, il faut offrir à Dieu toutes vos actions de la journée en lui disant : Recevez, ô mon Dieu, toutes les pensées, toutes les actions que je ferai en union avec ce que vous avez enduré pendant votre vie mortelle pour l'amour de moi. C'est ce que vous ne devez jamais oublier ; car, afin que nos actions soient méritoires pour le ciel, il faut que nous les ayons offertes au bon Dieu, sans quoi elles seront sans récompense. Quand l'heure de vous lever sera venue, levez-vous promptement, prenez bien garde de ne pas écouter le démon, qui vous tentera de rester encore quelque temps au lit, afin de vous faire manquer votre prière, ou de vous la faire faire avec distraction, par la pensée que l'on vous attend, ou que votre ouvrage presse. Lorsque vous vous habillez, faites-le avec modestie ; pensez que Dieu a les yeux fixés sur vous, et que votre bon ange gardien est à côté de vous, comme vous ne pouvez pas en douter. Mettez-vous de suite à genoux, n'écoutez pas le démon qui vous dit encore de remettre votre prière à un autre moment, afin de vous faire offenser Dieu dès le matin ; au contraire, faites votre prière avec autant de respect et de modestie que vous le pourrez. Après votre prière, prévoyez les occasions que vous pourriez avoir d'offenser Dieu pendant la journée, afin d'éviter ce malheur. Prenez ensuite quelque résolution que vous vous efforcerez d'exécuter dès le premier moment, comme, par exemple, de faire votre travail en esprit de pénitence, d'éviter les impatiences, les murmures, les jurements, de retenir votre langue. Le soir, vous examinerez si vous y avez été fidèle ; si vous y avez manqué, il faut vous imposer quelque pénitence pour vous punir de vos infidélités, et vous êtes sûr que, si vous vous servez de cette pratique, vous serez bientôt venu à bout de vous corriger de tous vos défauts.
Lorsque vous allez travailler, au lieu de vous occuper de la conduite de l'un et de l'autre, occupez-vous de quelques bonnes pensées, comme de la mort, en pensant que bientôt vous allez sortir de ce monde ; vous examinerez quel bien vous y faites depuis que vous y êtes ; vous gémirez surtout des jours perdus pour le ciel, ce qui vous portera à redoubler vos bonnes oeuvres, vos pénitences, vos larmes ; - ou bien, du jugement : que, peut-être avant que la journée finisse, vous allez rendre compte de toute votre vie, et que ce moment décidera de votre sort, ou éternellement malheureux, ou éternellement bienheureux ; - ou pensez au feu de l'enfer, dans lequel brûlent ceux qui ont vécu dans le péché ; ou au bonheur du paradis, qui est la récompense de ceux qui ont été fidèles à servir Dieu ; - ou bien, si vous voulez, entretenez-vous de la laideur du péché, qui nous sépare de Dieu, qui nous rend les esclaves du démon en nous jettant dans un abîme de maux éternels.
Mais, me direz-vous, nous ne pouvons pas faire toutes ces méditations. - Eh bien ! voyez la bonté de Dieu : vous ne savez pas méditer ces grandes vérités ? Eh bien ! faites quelques prières, dites votre chapelet. Si vous êtes père ou mère de famille, dites-le pour vos enfants, afin que le bon Dieu leur fasse la grâce d'être de bons chrétiens, qui feront votre consolation en ce monde et votre gloire en l'autre. Et les enfants doivent le dire pour leurs pères et mères, afin que Dieu les conserve et qu'ils les élèvent bien chrétiennement. Ou bien priez pour la conversion des pécheurs, afin qu'ils aient le bonheur de revenir à Dieu. Et par là, vous éviterez un nombre infini de paroles inutiles, ou peut-être même des propos qui souvent ne sont pas des plus innocents. Il faut, M. F., vous accoutumer de bonne heure à employer saintement le temps. Souvenez-vous que nous ne pouvons pas nous sauver sans y penser, et que, s'il y a une affaire qui mérite qu'on y pense, c'est bien l'affaire de notre salut, puisque Dieu ne nous a mis sur la terre que pour cela.
Il faut, M. F., avant de commencer votre travail, ne jamais manquer de faire le signe de la croix, et ne pas imiter ces gens sans religion qui n'osent pas se signer à cause qu'ils sont en compagnie. Offrez tout simplement vos peines au bon Dieu, et renouvelez de temps en temps cette offrande ; par là, vous aurez le bonheur d'attirer la bénédiction du Ciel sur vous et sur tout ce que vous ferez. Voyez, M. F., combien d'actes de vertu vous pouvez pratiquer en vous comportant de cette manière, sans rien changer à ce que vous faites. Si vous travaillez en vue de plaire à Dieu, d'obéir à ses commandements qui vous ordonnent de gagner votre pain à la sueur de votre front , voilà un acte d'obéissance ; si c'est pour expier vos péchés, vous faites un acte de pénitence ; si c'est afin d'obtenir quelque grâce pour vous ou pour d'autres, voilà un acte de confiance et de charité. O combien, M. F., nous pouvons mériter chaque jour le ciel en ne faisant que ce que nous faisons, mais en le faisant pour Dieu et le salut de notre âme ! Qui vous empêche, lorsque vous entendez sonner les heures, de penser à la brièveté du temps et de dire en vous-même : les heures passent et la mort s'avance, je cours vers l'éternité; suis-je bien prêt à paraître devant le tribunal de Dieu ? Ne suis-je pas en état de péché ? Et, M. F., si vous aviez ce malheur, faites vite un acte de contrition pour témoigner à Dieu votre regret, et ensuite prenez vite la résolution d'aller vous confesser, pour deux raisons : la prernière, c'est que, si vous veniez à mourir dans cet état, vous seriez damné tout net; et la seconde, c'est que toutes les bonnes oeuvres que vous auriez faites seraient perdues pour le ciel. D'ailleurs, M. F., auriez-vous bien le courage de rester dans un état qui vous rend l'ennemi de votre Dieu, qui vous aime tant ? Lorsque vous vous reposez de vos fatigues, jetez les yeux vers ce beau ciel, qui vous est préparé, si vous avez le bonheur de servir Dieu comme vous le devez, en vous disant à vous-même : O beau ciel, quand aurai-je le bonheur de vous posséder !
Cependant., M. F., il est vrai de dire que le démon ne laisse pas de faire tout ce qu'il peut pour nous porter au péché, puisque saint Pierre nous dit : « qu'il rôde sans cesse autour de nous comme un lion pour nous dévorer (1 Pet., V, 8.). » Il faut donc vous attendre, M. F., à ce que, tant que vous serez sur la terre, vous aurez des tentations. Mais, que devez-vous faire, lorsque vous sentez que le demon voudrait vous porter au mal ? Le voici : vite avoir recours à Dieu en lui disant : « Mon Dieu, venez à mon secours ! Vierge sainte, aidez-moi, s'il vous plaît ! » ou bien : « Mon saint ange gardien, combattez pour moi l'ennemi de mon salut ! » Faites vite ces réflexions : A l'heure de la mort, voudrais-je avoir fait cela ? non, sans doute : eh bien ! il faut donc résister à cette tentation. Je pourrais bien maintenant me cacher aux yeux du monde ; mais Dieu me voit. Lorsqu'il me jugera, que vais-je lui répondre, si j'ai eu le malheur de commettre ce péché ? Il s'agit ici du paradis ou de l'enfer, lequel des deux veux-je choisir ? Croyez-moi, M. F., faites ces petites réflexions toutes les fois que vous serez tentés, et vous verrez que la tentation diminuera à mesure que vous lui résisterez, et vous en sortirez victorieux. Ensuite, vous éprouverez vous-mêmes que, s'il en coûte pour résister, l'on est ensuite bien dédommagé par la joie et les consolations que l'on éprouve après avoir chassé le démon. Je suis sûr que plusieurs d'entre vous se disent en eux-mêmes que cela est bien vrai.
Les pères et mères doivent accoutumer leurs enfants de bonne heure à résister à la tentation ; car l'on peut dire à tant de pères et de mères qu'il y a des enfants qui ont quinze et seize ans, et qui ne savent pas ce que c'est que de résister à une tentation, qui se laissent prendre aux pièges du démon comme des oiseaux dans les filets ! D'où vient cela, sinon de l'ignorance ou de la négligence des parents ? - Mais, peut-être me direz-vous : comment voulez-vous que nous apprenions cela à nos enfants, quand nous ne le savons pas nous-mêmes ? - Mais, si vous n'êtes pas assez instruits, pourquoi êtes-vous donc entrés dans l'état du mariage, où vous saviez, ou du moins vous deviez savoir que, si le bon Dien vous donnait des enfants, vous étiez obligés, sous peine de damnation, de les instruire de la manière dont ils devaient se conduire pour aller au ciel ? Mon ami, n'était-ce pas assez que votre ignorance vous perdit, sans en perdre d'autres avec vous ? Si du moins vous êtes parfaitement convaincu que vous n'avez pas assez de lumières, pourquoi ne vous faites-vous pas instruire de vos devoirs par ceux qui en sont chargés ? - Mais, me direz-vous, comment oser dire à mon pasteur que je suis peu instruit ? il se moquera de moi. - Il se moquera de vous ? M. F., vous vous trompez ; il se fera un plaisir de vous apprendre ce que vous devez savoir, et ce que vous devez enseigner à vos enfants.
Vous devez encore leur apprendre à sanctifier leur travail, c'est-à-dire, à le faire, ni pour devenir riches, ni pour se faire estimer du monde, mais pour plaire à Dieu, qui nous le commande pour expier nos péchés ; par là, vous aurez la consolation de les voir devenir des enfants sages et obéissants, qui feront votre consolation en ce monde et votre gloire dans l'autre : vous aurez le bonheur de les voir craignant Dieu et maîtres de leurs passions. Non, M. F., mon dessein n'est pas aujourd'hui de montrer aux pères et mères la grandeur de leurs obligations : elles sont si grandes et si terribles, qu'elles méritent bien une instruction tout entière. Je leur dirai seulement en passant qu'ils doivent tous bien faire leurs efforts pour leur inspirer la crainte et l'amour de Dieu ; que leurs âmes sont un dépôt que Dieu leur a confié, dont un jour il faudra rendre un compte bien rigoureux.
Enfin, l'on doit terminer la journée par sa prière du soir, que l'on doit faire en commun, autant qu'il est possible : car, M. F., rien n'est plus avantageux que cette pratique de piété, parce que Jésus-Christ nous dit lui-même : « Si deux ou trois personnes s'unissent ensemble pour prier en mon nom, je serai au milieu (Matth., XVIII, 20.). » D'un autre côté, quoi de plus consolant, pour un père de famille, de voir chaque jour toute sa maison prosternée aux pieds de Dieu pour l'adorer et le remercier des bienfaits reçus pendant la journée, et, en même temps, pour gémir sur ses fautes passées ? N'a-t-il pas lieu d'espérer que tous passeront saintement la nuit ? Celui qui fait la prière ne doit pas aller trop vite, afin que les autres puissent le suivre, ni trop lentement, ce qui donnerait des distractions aux autres, mais tenir un juste milieu. A cette prière du soir, l'on doit ajouter un examen en commun, c'est-à-dire, s'arrêter un instant pour se remettre ses péchés devant les yeux. Voilà l'avantage de cet examen : il nous porte à la douleur de nos péchés ; il nous inspire la résolution de n'y plus retomber ; et, lorsque nous allons nous confesser, nous avons beaucoup plus de facilité à nous les rappeler : enfin, si la mort nous frappait, nous paraîtrions avec plus de confiance devant le tribunal de Dieu ; puisque saint Paul nous dit que, « si nous nous jugeons nous-mêmes, Dieu nous épargnera dans ses jugements (I Cor., XI, 31). » Il serait encore à souhaiter, qu'avant d'aller vous coucher, vous fissiez une petite lecture de piété, du moins pendant l'hiver : cela vous donnerait quelques bonnes pensées, qui vous occuperaient en vous couchant et en vous levant, et par là, vous graveriez plus parfaitement les vérités de, votre salut dans votre coeur. Dans les maisons où l'on ne sait pas lire, eh bien ! l'on peul dire le chapelet, ce qui attirerait la protection de la sainte Vierge. Oui, M. F., quand on a passé ainsi la journée, l'on peut prendre son repos en paix et s'endormir dans le Seigneur. Si pendant la nuit on s'éveille, on profite de ce moment pour louer et adorer Dieu. Voilà, M. F., le plan de vie que vous devez suivre, et le bon ordre que vous devez établir dans vos familles.
II. - Voyons maintenant les désordres les plus communs et les plus dangereux qu'il faut éviter, et ensuite les obligations de chaque état en particulier. Je dis d'abord que les péchés, les désordres les plus communs sont les veilles, les jurements, les paroles et les chansons déshonnêtes. Je dis d'abord les veilles (1) : oui, M, F., oui, ces assemblées nocturnes sont ordinairement l'école où les jeunes gens perdent toutes les vertus de leur âge, et apprennent toutes sortes de vices. En effet, M. F., quelles sont les vertus de la jeunesse ? N'est-ce-pas l'amour de la prière, la fréquentation des sacrements, la soumission à leurs parents, l'assiduité à leur travail, une admirable pureté de conscience, une vive horreur du péché honteux ? Telles sont, M. F., les vertus que les jeunes gens doivent s'efforcer d'acquérir. Eh bien ! M. F., moi, je vous dirai que, quelque affermi que soit un jeune homme ou une jeune fille dans ces vertus, s'ils ont le malheur de fréquenter certaines veillées, ou certaines compagnies, ils les auront bientôt toutes perdues. Dites-moi, M. F., vous qui en êtes témoins, qu'y entend-on, sinon les paroles les plus sales et les plus honteuses ? Qu'y voit-on, si ce n'est des familiarités entre les jeunes personnes, qui font rougir la pudeur ? et j'ose dire que quand ce seraient des infidèles, ils n'en feraient pas davantage. Et des pères, et des mères en sont témoins, et n'en disent rien, et des maîtres et des maitresses gardent le silence ! Un faux respect humain leur ferme la bouche ! Et vous êtes chrétiens, vous avez de la religion, et vous espérez d'aller un jour au ciel ! O mon Dieu, quel aveuglement ! Peut-on bien le concevoir ? Oui, pauvres aveugles, vous irez, mais ce sera en enfer : voilà où vous serez jetés.
Comment, vous vous plaignez de ce que vos bêtes périssent ? Vous avez sans doute oublié tous ces crîmes qui se sont commis pendant cinq ou six mois de l'hiver dans vos écuries (2) ? Vous avez oublié ce que dit l'Esprit-Saint : « que partout où le péché se commettra, la ma lédiction du Seigneur tombera (3). » Hélas ! combien de jeunes gens qui auraient, encore leur innocence s'ils n'avaient pas été à certaines veillées et qui, peut-être, ne reviendront jamais à Dieu ! N'est-ce pas encore au sortir de là, que les jeunes gens s'en vont courir et former des liaisons, qui, le plus souvent, finissent par le scandale et la perte de la réputation d'une jeune fille ? N'est-ce pas là que ces jeunes libertins, après avoir vendu leur âme au démon, vont encore perdre celle des autres ? Oui, M. F., les maux qui en résultent sont incalculables. Si vous êtes chrétiens, et que vous désiriez sauver vos âmes et celles de vos enfants et de vos domestiques, vous ne devez jamais tenir de veillées chez vous, à moins que vous n'y soyez, vous, un des chefs de la maison, pour empêcher que Dieu ne soit offensé. Lorsque vous êtes tous entrés, vous devez fermer la porte et n'y laisser entrer personne. Commencez votre veillée en récitant une ou deux dizaines de votre chapelet pour attirer la protection de la sainte Vierge, ce que vous pouvez faire en travaillant. Ensuite bannissez toutes ces chansons lascives ou mauvaises : elles profanent votre coeur et votre bouche qui sont les temples de l'Esprit-Saint ; ainsi que tous ces contes qui ne sont que des mensonges, et qui, le plus ordinairement, sont contre des personnes consacrées à Dieu, ce qui les rend plus criminels. Et vous ne devez jamais laisser aller vos enfants dans les autres veillées. Pourquoi est-ce qu'ils vous fuient, sinon pour être plus libres ? Si vous êtes fidèles à remplir vos devoirs, Dieu sera moins offensé, et vous, moins coupables.
Il y a encore un désordre d'autant plus déplorable qu'il est plus commun, ce sont les paroles libres. Non, M. F., rien de plus abominable, de plus affreux que ces paroles. En effet, M. F., quoi de plus contraire à la sainteté de notre religion que ces paroles impures ? Elles outragent Dieu, elles scandalisent le prochain ; mais pour parler plus clairement, elles perdent tout. Il ne faut souvent qu'une parole déshonnête pour occasionner mille mauvaises pensées, mille désirs honteux, peut-être même pour faire tomber dans un nombre infini d'autres infamies, et pour apprendre aux âmes innocentes le mal qu'elles avaient le bonheur d'ignorer. Eh quoi ! M. F., un chrétien peut-il bien se laisser occuper l'esprit de telles horreurs ! un chrétien qui est le temple de l'Esprit-Saint, un chrétien qui a été sanctifié par l'attouchement du corps adorable et par le sang précieux de Jésus-Christ ! O mon Dieu, que nous connaissons peu ce que nous faisons en péchant ! Si Notre-Seigneur nous dit que « l'on peut connaître un arbre à son fruit (Matth,. XII, 33.) », jugez d'après le langage de certaines personnes quelle doit être la corruption de leur coeur. Et cependant rien de plus commun. Quelle est la conversation des jeunes gens ? N'est-ce pas ce maudit péché ? Ont-ils autre chose à la bouche ? Entrez, oserai-je dire avec saint Jean Chrysostôme, entrez dans ces cabarets, c'est-à-dire, dans ces repaires d'impureté ; sur quoi roule la conversation, même parmi des personnes d'un certain âge ? Ne vont-ils pas jusqu'à se faire gloire à celui qui en dira le plus ? Leur bouche n'est-elle pas semblable à un tuyau dont l'enfer se sert pour vomir toutes les ordures de ses impuretés sur la terre, et entraîner les âmes à lui ? Que font ces mauvais chrétiens, ou plutôt ces envoyés des abîmes ? Sont-ils dans la joie ? Au lieu de chanter les louanges de Dieu, ce sont les chansons les plus honteuses, qui devraient faire mourir un chrétien d'horreur ! Ah ! grand Dieu ! qui ne frémirait pas en pensant au jugement que Dieu en portera ? Si, comme Jésus-Christ nous l'assure lui-même, une seule parole inutile ne restera pas sans punition, hélas ! quelle sera donc la punition de ces discours licencieux, de ces propos indécents, de ces horreurs infâmes qui font dresser les cheveux ?
Voulez-vous concevoir l'aveuglement de ces pauvres malheureux ? Ecoutez ces paroles : « Je n'ai point de mauvaise intention, vous disent-ils ; et encore : « C'est pour rire, ce ne sont que des bagatelles et des bêtises qui ne font rien. » - Eh quoi ! M. F., un péché aussi affreux aux yeux de Dieu, un péché, dis-je, que le sacrilège seul peut surpasser ! c'est une bagatelle pour vous ! Oh ! c'est que votre coeur est gâté et pourri par ce vice odieux. Oh non ! non, l'on ne peut pas rire et badiner de ce que nous devrions fuir avec plus d'horreur qu'un monstre qui nous poursuit pour nous dévorer. D'ailleurs, M. F., quel crime d'aimer ce que Dieu veut que nous détestions souverainement ! Vous me dites que vous n'avez point de mauvaise intention : mais dite-moi aussi, pauvre et misérable victime des abîmes, ceux qui vous entendent en auront-ils moins de mauvaises pensées, et de désirs criminels ? Votre intention arrêtera-t-elle leur imagination et leur coeur ? Parler plus clairement, en disant que vous êtes la cause de leur perte et de leur damnation éternelle. Oh ! que ce péché jette d'âmes en enfer ! L'Esprit-Saint nous dit que ce maudit péché d'impureté a couvert la surface de la terre (Gen., VI, 11-12.).
Non, M. F., non, je ne vais pas plus loin en cette matière ; j'y reviendrai dans une instruction, où j'essaierai de vous le dépeindre encore avec bien plus d'horreur. Je dis donc que les pères et mères doivent être très vigilants à l'égard de leurs enfants ou domestiques, ne jamais faire ni dire quelque chose qui puisse donner atteinte à cette belle vertu de pureté. Combien d'enfants et de domestiques qui ne se sont adonnés à ce vice que depuis que leurs pères et mères leur en ont donné l'exemple ! O combien d'enfants et de domestiques perdus par les mauvais exemples de leurs pères et mères, ou de leurs maîtres et maîtresses ! Ah ! il eût bien mieux valu pour eux qu'on leur plantât un poignard dans le sein !... Du moins, ils auraient eu le bonheur d'être en état de grâce, ils seraient allés au ciel, au lieu que vous les jetez en enfer.
Les maîtres doivent être très vigilants envers leurs domestiques. S'ils en ont quelques-uns qui soient libertins en paroles, la charité doit les porter à les reprendre deux ou trois fois avec bonté ; mais s'ils continuent, vous devez les chasser de chez vous, sinon vos enfants ne tarderont pas à leur ressembler. Disons même, un domestique de cette espèce est capable d'attirer toutes sortes de malédictions sur une maison.
Un autre désordre qui règne dans les ménages et entre les ouvriers, ce sont les impatiences, les murmures, les jurerrrents. Eh bien, M. F., que gagnez-vous par vos impatiences et vos murmures ? Vos affaires en vont-elles mieux ? En souffrez-vous moins ? N'est-ce pas tout le contraire ? Vous en souffrez davantage, et ce qu'il y a encore de plus malheureux, c'est que vous en perdez tout le mérite pour le ciel. Mais, me direz-vous peut-être, cela est bien bon pour ceux qui n'ont rien à endurer ; si vous étiez à ma place, vous feriez peut-être encore pis. Je conviens bien de tout cela, M. F., si nous n'étions pas chrétiens, si nous n'avions pas d'autre espérance que les biens et les plaisirs que nous pouvons goûter en ce monde ; si, dis-je, nous étions les premiers qui souffrions ; mais, depuis Adam jusqu'à présent, tous les saints ont eu quelque chose à souffrir, et, la plus grande partie, beaucoup plus que nous ; mais ils ont souffert avec patience, toujours soumis à la volonté de Dieu, et à présent, leurs peines sont finies, leur bonheur, qui est commencé, ne finira jamais. Ah ! M. F., regardons ce beau ciel, pensons au bonheur que Dieu nous y prépare, et nous endurerons tous les maux de la vie, en esprit de pénitence, avec l'espérance d'une récompense éternelle. Si vous aviez le bonheur, le soir, de pouvoir dire que votre journée est toute pour le bon Dieu !
Je dis que les ouvriers, s'ils veulent gagner le ciel, doivent souffrir avec patience la rigueur des saisons, la mauvaise humeur de ceux qui les font travailler ; éviter ces murmures et ces jurements si communs entre eux, et remplir fidèlement leur devoir. Les époux et les épouses doivent vivre en paix dans leur union, s'édifier mutuellement, prier l'un pour l'autre, supporter leurs défauts avec patience, s'encourager à la vertu par leurs bons exemples et suivre les règles saintes et sacrées de leur état, en pensant qu'ils sont « les enfants des saints (Tob. II, 18.) », et que, par conséquent, ils ne doivent pas se comporter comme des païens qui n'ont pas le bonheur de connaître le vrai Dieu. Les maîtres doivent prendre les mêmes soins de leurs domestiques que de leurs enfants, en se rappelant ce que dit saint Paul, que « s'ils n'ont pas soin de leurs domestiques, ils sont pires que des païens (I Tim. V, 8.), » et seront punis plus sévèrement au jour du jugement. Les domestiques sont pour vous servir et vous être fidèles, et vous devez les traiter non comme des esclaves, mais comme vos enfants et vos frères. Les domestiques doivent regarder leurs maîtres comme tenant la place de Jésus-Christ sur la terre. Leur devoir est de les servir avec joie, de leur obéir de bonne grâce, sans murmures, et soigner leur bien comme le leur propre. Les domestiques doivent éviter entre eux ces actes extrêmement familiers qui sont si dangereux et si funestes à l'innocence. Si vous avez le malheur de vous trouver dans une de ces occasions, vous devez la quitter, quoi qu'il vous en coûte : c'est précisément là où vous devez suivre le conseil que Jésus-Christ vous donne, en vous disant : « Si votre oeil droit, ou votre main droite vous sont une occasion de péché, arrachez-les et les jetez loin de vous, parce qu'il vaut mieux aller au ciel avec un oeil ou une main de moins, que d'être précipité en enfer avec tout votre corps (Matth., V, 29-30) ; » c'est-à-dire que, quelque avantageuse que soit la condition où vous êtes, il faut la quitter sans délai : sans quoi, jamais vous ne vous sauverez. Préférez, nous dit Jésus-Christ, votre salut, parce que c'est « la seule chose que vous devez avoir à coeur (Luc, X, 42.) ». Hélas ! M. F., qu'ils sont rares ces chrétiens qui sont prêts à tout souffrir plutôt que d'exposer le salut de leur âme !
Oui, M. F., vous venez de voir en abrégé tout ce que vous devez faire pour vous sanctifier dans votre état : hélas ! que de péchés n'avons-nous pas à nous reprocher jusqu'à présent ! Jugeons-nous, M. F., d'après ces règles, tâchons d'y conformer désormais notre conduite. Et pourquoi, M. F., ne ferions-nous pas tout ce que nous pourrions pour plaire à notre Dieu qui nous aime tant ? Ah ! si nous prenions la peine de jeter nos regards sur la bonté de Dieu envers nous ! En effet, M. F., tous les sentiments de Dieu envers le pécheur ne sont que des sentiments de bonté et de miséricorde. Quoique pécheur, il l'aime encore. Il hait le péché, il est vrai ; mais il aime le pécheur, qui, quoique pécheur, ne laisse pas d'être son ouvrage, créé à sa ressemblance, et d'être l'objet de ses plus tendres soupirs de toute éternité. C'est pour lui qu'il a créé le ciel et la terre; c'est pour lui qu'il a quitté les anges et les saints ; c'est pour lui que, sur la terre, il a tant souffert pendant trente-trois ans ; et c'est pour lui qu'il a établi cette belle religion si digne d'un Dieu, si capable de rendre, heureux celui qui a le bonheur de la suivre.
Voulez-vous, M. F., que je vous montre combien Dieu nous aime, quoique pécheurs ? Écoutez l'Esprit-Saint qui nous dit que Dieu se comporte envers nous comme David se comporta envers son fils Absalon, qui leva une armée de scélérats pour détrôner et ôter la vie à un si bon père, afin de pouvoir régner à sa place. David est forcé de fuir et de quitter son palais pour mettre sa vie en sûreté, étant poursuivi par son fils dénaturé. Et malgré que ce crime dût être bien odieux à David, cependant l'Esprit-Saint nous dit que son amour pour ce fils ingrat était sans borne, et qu'il semblait même qu'à mesure que ce méchant fils armait sa fureur, ce bon père sentait un nouvel amour pour lui. Se voyant forcé de marcher à la tête d'une armée pour arrêter ce malheureux fils, son premier soin fut, avant d'engager le combat, de recommander à ses officiers et à ses soldats de sauver son fils. Ce fils criminel et barbare veut lui ôter la vie, et c'est pour lui que ce père prie. Il périt par une permission visible d'en-haut; et David, bien loin de se réjouir de la défaite de ce rebelle et de se voir en sûreté, au contraire, lorsqu'il apprend la défaite, il semble oublier sa vie et son royaume, pour ne penser qu'à pleurer la mort de celui qui ne cherchait qu'à le perdre. Sa douleur fut si grande, et ses larmes si abondantes, qu'il se couvrit le visage pour ne plus voir le jour ; il se retira dans l'obscurité de son palais, et là se livra à toute l'amertume de son coeur. Ses cris étaient si perçants et ses larmes si amères et si abondantes, qu'il jeta la consternation jusqu'au milieu de ses troupes, se reprochant à lui-même de ce qu'il n'avait pas eu le bonheur de mourir pour sauver la vie de son fils. A tout instant on l'entendait s'écrier : « Ah ! mon cher enfant, Absalon, ah ! que ne suis-je mort à ta place ! ah ! qui m'ôtera la vie pour te la rendre ? - Ah ! plût à Dieu que je fusse mort à ta place (II Reg., XVIII) ! » Il ne voulut plus recevoir de consolation ; sa douleur et ses larmes l'accompagnèrent jusqu'au tombeau.
Dites-moi, M. F., auriez-vous jamais pu penser que votre perte causât tant de larmes et de douleurs à notre divin Sauveur ? Ah ! qui ne serait pas touché ?... Un Dieu qui pleure la perte d'une âme avec tant de larmes, qui ne cesse de lui crier : Mon ami, où vas-tu perdre ton âme et ton Dieu ? Arrête ! arrête ! Ah ! regarde mes larmes, mon sang qui coule encore : faut-il que je meure une seconde fois pour le sauver ? Me voici. Oh ! anges du ciel, descendez sur la terre, venez pleurer avec moi la perte de cette âme ! Oh ! qu'un chrétien est malheureux, s'il persévère encore à courir vers les abîmes, malgré la voix que son Dieu lui fait entendre continuellement !
Mais, me direz-vous, personne ne nous tient ce langage. - Oh ! mon ami, si vous ne vouliez pas boucher vos oreilles, vous entendriez sans cesse la voix de votre Dieu qui vous poursuit. Dites-moi, mon ami, que sont donc ces remords de conscience, lorsque vous êtes tombé dans le péché ? Pourquoi donc ces troubles, ces tempêtes qui vous agitent ? Pourquoi donc cette crainte et cette frayeur où vous êtes, où vous vous croyez sans cesse près d'être écrasé par les foudres du ciel ? Combien de fois n'avez-vous pas ressenti, même en péchant, une main invisible qui semblait vous repousser en vous disant : Malheureux, où vas-tu ? Ah ! mon fils, pourquoi veux-tu te damner ?... Ne conviendrez-vous pas avec moi qu'un chrétien qui méprise tant de grâces, mérite d'être abandonné et réprouvé, parce qu'il n'a pas écouté la voix de Dieu, ni profité de ses grâces ? Mais non, M. F., c'est Dieu seul que cette âme ingrate méprise et à qui elle semble vouloir ôter la vie ; et toutes les créatures demandent vengeance ; et c'est précisément Dieu seul qui veut la sauver, et s'oppose à tout ce qui pourrait lui nuire, en veillant à sa conservation, comme si elle était seule dans le monde, et que son bonheur dépendît du sien. Tandis que le pécheur lui plante le poignard dans le sein, Dieu lui tend une main, pour lui dire qu'il veut lui pardonner. Les tonnerres et les foudres du ciel semblent se jeter au pied du trône de Dieu, pour le prier en grâce de leur permettre de l'écraser. Ah ! non, non, leur dit ce divin Sauveur, cette âme m'a coûté trop cher, je l'aime encore, quoique pécheresse. Mais, Seigneur, reprennent ces foudres, elle ne vit que pour vous outrager ? N'importe, je veux la conserver, parce que je sais qu'un jour elle m'aimera : c'est pour cela que je veux veiller à sa conservation.
Ah ! M. F., seriez-vous si durs que de n'être pas touchés de tant de bonté de la part de notre Dieu ? Eh bien M., F., allons plus loin. Vous allez voir un autre spectacle de l'amour de Dieu pour ses créatures et surtout, pour un pécheur converti. Le Seigneur nous parle par la bouche du prophète Isaïe. Il va même jusqu'à vouloir encore cacher nos péchés, en nous disant que Dieu traite le pécheur qui l'outrage, comme une mère traite un enfant dépourvu de la raison. Vous voyez, nous dit-il, cet enfant privé de raison, tantôt il est de mauvaise humeur, tantôt il s'impatiente, il crie, il s'irrite, il va jusqu'à frapper de ses petites mains le sein de sa mère qui le porte ; il s'efforce de satisfaire sa faible colère. Eh bien : nous dit-il, quelle vengeance croyez-vous que cette mère tirera de la témérité de cet enfant ? La voici : elle le serrera et le pressera encore plus tendrement sur son coeur : elle redouble ses caresses, elle le flatte, elle lui présente sa mamelle et son lait, pour tâcher d'apaiser sa petite humeur : voilà toute sa vengeance. Eh bien ! nous dit, ce prophète, si cet enfant avait la connaissance de ce qu'il fait, que devrait-il penser en voyant tant de douceur de la part de cette mère ? Donnons-lui pour un moment le langage de la raison que la nature lui a refusé. Que pensera-t-il et que jugera-t-il de tout cela, lorsqu'il sera revenu de sa colère ? Il est vrai qu'il sera tout étonné de la témérité qu'il a eue de s'irriter contre celle qui le tenait entre ses bras, qui n'avait qu'à ouvrir la main pour le laisser tomber par terre et l'écraser. Mais en même temps, craindra-t-il que cette bonne mère refuse de pardonner ses petites fureurs ? Ne verra-t-il pas au contraire qu'elles sont déjà pardonnées, puisqu'elle le caresse plus tendrement et qu'elle pouvait si bien se venger ? Oui, nous dit ce saint prophète, voilà la manière dont Dieu traite le pécheur au milieu même de ses plus grands désordres. Oui, nous dit-il encore, le Seigneur vous aime tant, quoique pécheurs, qu'il vous porte entre ses mains jusque dans votre vieillesse. Non, non, dil-il, quand une mère aurait le courage d'abandonnor son enfant (Is. XLIX, 15.), pour moi je ne pourrais jamais abandonner une de mes créatures.
Hélas ! M. F., rien de plus facile à concevoir. Dieu ne semble-t-il pas fermer les yeux sur nos péchés ? Ne voit-on pas, tous les jours, des pécheurs qui ne semblent vivre que pour l'outrager, et qui font tous leurs efforts pour perdre les autres, soit par leurs mauvais exemples, soit par leurs railleries, soit par leurs paroles déshonnêtes ? Ne semblerait-il pas que l'enfer les a envoyés pour arracher ces âmes d'entre les mains de Dieu même, pour les jeter en enfer ? Vous en convenez tous avec moi. Eh bien ! Dieu n'a-t-il pas soin de ces malheureux qui ne vivent que pour le faire souffrir et lui ravir des âmes ? Ne fait-il pas pour eux tout ce qu'il fait pour les plus justes ? Ne commande-t-il pas au soleil de les éclairer, à la terre de les nourrir ? Aux animaux, les uns, de les nourrir, les autres, de les vêtir, ou de les soulager dans leurs travaux ? Ne commande-t-il pas à tous les hommes de les aimer comme eux-mêmes ? Oui, M. F., il semble que Dieu, de son côté, s'épuise à nous faire du bien pour gagner notre amour, et d'un autre côté, il semble que le pécheur emploie tout ce qui est en lui pour faire la guerre à Dieu et le mépriser ! O mon Dieu ! que l'homme est aveugle ! qu'il connait peu ce qu'il fait en péchant, en se révoltant contre un si bon père, un ami si charitable !
En déplorant notre aveuglement, que devons-nous conclure de tout cela, chrétiens ? C'est que, si Dieu est si bon que de nous donner l'espérance d'une nouvelle année, nous devons faire tout ce que nous pourrons pour la passer saintement, et que, pendant cette année, nous pouvons encore gagner l'amitié de notre Dieu, réparer le mal que nous avons fait, non seulement cette année qui vient, de passer, mais dans toute notre vie, et nous assurer une éternité de bonheur, de joie et de gloire. Oh ! si l'année prochaine nous avions le bonheur de pouvoir dire que cette année a été toute pour le bon Dieu ! Quel trésor nous aurions amassé ! C'est ce que je .....
(1) Les veilles, les veillées, dans les Dombes et dans d'autres campagnes, sont des réunions organisées pendant les soirées d'hiver, pour faire en commun et plus gaîment quelques travaux faciles.
Mais, comme dit le Saint Curé d'Ars, « ces assemblées nocturnes sont ordinairement l'école où les jeunes gens perdent toutes les vertus de leur âge et apprennent toutes sortes de vices ».
(2) Dans certaines contrées, les veillées se faisaient dans les écuries, où l'haleine et la chaleur naturelle des animaux entretenaient une douce atmosphère.
(3) On peut citer, entre autres exemple, celui d'Achab et de Jézabel qui furent punis dans le champ même de Naboth, qu'ils y avaient fait lapider : Haec dicit Dominus : In loco hoc, in quo linxerunt canes sanguinem Nahoth, lambent quoque sanguinem tuum... Canes comedent Jezabel in agru Jezrael, » II Reg., XXI, 19, 23.
Source : sermon du saint curé d'Ar














